Editions Belfond

MotherCloud – Rob Hart

Une fois n’est pas coutume, on va parler d’une dystopie aujourd’hui… Ça m’arrive de temps en temps d’en lire, et pour que ça fonctionne entre ce genre et moi, il faut que ça soit réaliste, pas trop futuriste, et avec un jargon compréhensible pour moi.

Pari gagné pour MotherCloud, un livre que j’ai commencé vers minuit et que je n’ai lâché que tard dans la nuit tellement j’ai été prise dans la spirale de cet ouvrage incroyable de réalisme, et terrifiant sur bien des plans !

Je vous parle aujourd’hui de MotherCloud, de Rob Hart, publié récemment chez Belfond noir.

L’histoire (4ème de couverture)

Effrayant hommage à Ray Bradbury, Margaret Atwood ou George Orwell, MotherCloud nous entraîne dans un monde où le Big Business aurait supplanté Big Brother, un monde d’une perversion totale, pas si éloigné du nôtre.

Ex-petit patron désormais ruiné, Paxton n’aurait jamais pensé devoir intégrer une unité MotherCloud, cette superstructure de l’e-commerce qui a dévoré la moitié de l’économie mondiale. Pourtant, dans une société n’ayant plus rien à offrir, comment peut refuser un job qui propose non seulement un salaire, mais aussi un toit et à manger ?La jeune Zinnia non plus n’aurait jamais pensé rejoindre MotherCloud, mais sa mission est tout autre : une révolution est en marche dont elle est le bras armé. Devenir salariée n’est qu’un premier pas pour infiltrer le système, en percer les secrets. Le détruire.Dans cet univers où tout est calculé, paramétré, surveillé, où l’humain disparaît au profit de la rentabilité, où l’individu n’est qu’un algorithme, Zinnia et Paxton réalisent bientôt qu’il est impossible de dévier. À moins d’être prêt à se sacrifier ?

Car derrière sa façade d’entreprise idéale, MotherCloud est une machine à broyer, impitoyable à l’égard de ceux qui oseraient se rebeller.

Terrifiant !

Je ne suis habituellement pas très branchée thrillers qui se passent dans le milieu de la technologie ou de l’intelligence artificielle, car j’ai assez peu de connaissances dans le domaine (je dois demander de l’aide pour inclure une vidéo sur mon blog, c’est dire si je suis nulle ! ) et que je me retrouve vite complètement paumée dans un jargon incompréhensible pour moi. MotherCloud fait exception à la règle, car l’auteur s’est adapté à un large panel de lecteurs et franchement, c’est passé tout seul !

MotherCloud nous plonge dans l’univers d’une gigantesque entreprise qui a un rayonnement mondial, une entreprise qui a révolutionné le monde grâce à un patron ambitieux et toujours en quête d’innovations, qui a bâti un empire au fil des ans, et que nous suivrons dans sa tournée américaine après avoir appris qu’il était atteint d’un cancer et qu’il ne lui restait plus que quelques mois à vivre. Parallèlement, nous nous trouverons aux côtés de deux adultes très ordinaires, ayant pour projet de travailler dans cette société, et nous les suivrons du processus de recrutement jusqu’à leur démarrage d’activité dans l’entreprise.

C’est un monde complètement ahurissant auquel l’auteur nous confronte dans ce roman, l’entreprise n’est pas sans rappeler un certain Amazon d’ailleurs, mais avec quelques années de plus, et donc avec une évolution à t’en faire cramer le Code du travail ! Ici, chaque salarié a une couleur qui lui est attribuée, bleu pour la sécurité, blanc pour les managers, rouges pour les petites mains qui travaillent dans le gigantesque entrepôt etc. Tous formatés. Tous chronométré, tous surveillés dans leurs moindres faits et gestes, les salariés ne peuvent pas se déplacer sans leur montre hyper connectée, ils vivent sur place d’ailleurs, dans un quartier qui leur est dédié et où tout est pensé pour faciliter leur, dans l’asservissement le plus total. Vous y trouverez les locaux de la firme, les entrepôts, mais également un hôpital, un système de tramway, des magasins, des restaurants… Un microcosme dans le macrocosme. Pas de dissidence possible, le mot syndicat est banni du vocabulaire, le travail, le travail, toujours le travail, et l’entreprise MotherCloud au centre de tout.

L’entreprise MotherCloud n’est pas sans rappeler le géant du commerce en ligne, Amazon pour ne pas le citer, et à l’image de celui-ci, MotherCloud déchaîne les passions, tue les plus petites entreprises, innove en proposant toujours plus de produits, avec des livraisons tellement rapides que t’as même pas encore validé ton paiement que le colis est déjà en route pour ta boîte aux lettres, avec des tarifs toujours plus compétitifs.Ni un polar, ni complètement un thriller, l’auteur aborde des sujets actuels tels que les nouveaux modes de consommation, la dématérialisation des échanges, la consommation à outrance et le renouveau d’un monde du travail dans lequel il faut être toujours plus investi, faire toujours autant d’heures supplémentaires non payées au risque de mal se faire voir et noter par sa hiérarchie et par l’algorithme. Sois content, ne te plains pas de ton boulot, car au moins tu en as un ! Lève-toi, prends ton tram, bosse, consomme, rentre chez toi, dors quelques heures, et recommence, encore, et encore, jusqu’à te faire broyer par la machine. Terriblement d’actualité, à l’heure où ceux qui sont les plus mal payés sont ceux qui sont envoyés au front pour faire face au virus, pour continuer de faire tourner leur pays et l’économie moribonde, et où ces mêmes salariés se verront remerciés sans ménagement quand leur boîte fermera une fois que tout ce bordel lié au virus sera calmé.

Le mot de la fin

On a tous vécu cette situation de se rendre à un guichet pour demander un rendez-vous, pour de l’aide dans ses démarches administratives, et de n’avoir comme réponse que « Vous devez faire la demande sur internet. » Tout est connecté, dématérialisé, nous sommes tous ultra connectés, au point d’en oublier parfois les rapports humains.

Rob Hart nous décrit ici le monde de demain, un avenir très proche dans lequel nous avons déjà un pied. Pour le meilleur et pour le pire.Moi qui travaille aux côtés de personnes en recherche d’emploi, parfois brisées physiquement et/ou moralement par leur entreprise à qui ils ont tout donné pour finir sur le carreau, ce roman a trouvé un écho très fort en moi, et une compassion certaine aussi.

Je recommande chaudement !

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