Interview, Non classé

Lumière sur… Johana Gustawsson

En trois romans, elle est devenue une auteure incontournable de la scène française du polar. C’est à l’occasion de la parution de son troisième roman,Sång, qu’elle a répondu à quelques-unes de mes questions.

C’est la dernière interview de l’année sur mon blog… Lumière sur Johana Gustawsson !

 

  • Bonjour Johana, peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore stp ?

Je suis une marseillaise, d’origine catalane (et je parle donc immanquablement avec les mains) exilée à Londres depuis dix ans avec mon suédois de mari et mes trois mini vikings. Et si je broie du Noir, je ne le fais que sur papier.

 

  • Sang est ton troisième ouvrage publié, et tu es maintenant traduite dans une vingtaine de pays. Quel parcours en l’espace de quelques années !

C’est incroyable. Jamais je n’aurais imaginé il y a quatre ans que « Block 46 » me mènerait si loin et en si peu de temps. Vingt-deux pays maintenant, c’est complètement fou ! Je te le dis encore sans le croire… Mais ce qu’il y a de plus formidable dans tout ça, ce sont les rencontres. Rencontres avec mes lecteurs tout d’abord, qui ne cessent de m’émouvoir et me remplissent d’une joie formidable, puisque cette joie recharge mon énergie comme une batterie et qu’elle fait taire mes peurs. Puis rencontre avec mes collègues, dont beaucoup sont devenus des amis.

 

  • Peux-tu nous parler de Sang, ton dernier roman publié récemment chez Bragelonne ?

« Sång » s’ouvre sur le massacre d’une famille dans leur luxueuse demeure de la côte ouest Suédoise. Ce drame rappelle sur ses terres Aliénor Lindbergh, une jeune autiste Asperger, car ce sont ses parents qui ont trouvé la mort. S’ouvre alors une enquête qui conduit nos deux héroïnes, la profileuse Emily Roy et l’écrivaine de true crime Alexis Castells, jusqu’au atrocités commises lors de la dictature franquiste en Espagne. « Sång » est un roman qui est tatoué dans ma chair. Vraiment. C’est un roman qui plonge au cœur de mes racines familiales, un roman où je parle de ce que mes grands-pères ont traversé pour rester en vie, du chemin que mon mari et moi avons parcouru pour construire notre famille. C’est le roman du partage et de la mémoire.

 

  • Tu places le thème de la maternité au centre de ton dernier roman, j’ai l’impression que c’est un thème qui te tient à cœur…

C’est en effet un thème crucial dans mes histoires. La mère, dans son absence ou dans son omniprésence, est la responsable de tant de maux ! Une mère est à elle seule les racines et les branches de son enfant. La responsabilité est terrassante. Alors je m’interroge. Je ne prétends pas apporter de réponses, seulement explorer différents points de vue. Puis la maternité est aussi à l’origine de l’ironie de ma vie : lorsque j’ai rencontré mon mari, je ne voulais pas d’enfant… Et lorsque l’envie s’est tout à coup faite sentir, violente, subite et pressante, nous avons appris que mon mari était stérile ; comme si la vie avait déposée sur mon chemin l’homme qui était destinée à la femme que j’étais, mais non pas à celle que j’étais devenue. L’envie d’enfant étant là, forte, sincère et réfléchie, nous avons donc choisi la piste de la PMA pour devenir parents. Mon désir de devenir maman a donc été testé et mis à rude épreuve et pourtant, cela n’a pas rendu mon apprentissage de mère plus facile ni évident. Il y a beaucoup de choses que nous taisons, que nous n’osons pas avouer, et peut-être tout d’abord s’avouer, sur la maternité. Car je pense vraiment que la maternité est un apprentissage qui a ses grandes joies mais aussi ses douleurs et ses errances.

 

  • Dans Sang, tu évoques une partie bien sombre de l’histoire espagnole, celle du régime dictatorial de Franco. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’aborder cette période de l’Histoire ?

La guerre civile espagnole qui débuta en 1936, a dessiné un nouveau chemin des deux côtés de mon arbre généalogique : mon grand-père maternel, qui vivait à Barcelone, a fui la guerre civile pour s’exiler à Marseille alors qu’il avait tout juste treize ans. Quant à mon grand-père paternel, qui avait été résistant et déporté au camp de concentration nazi de Buchenwald (celui qui a inspiré « Block 46 », mon premier roman) il s’était en fait engagé à vingt-trois ans auprès des républicains espagnols dès le début du conflit, pour combattre la dictature franquiste. Après trois années de batailles sanglantes, Franco a cependant gagné la guerre et est resté au pouvoir jusqu’en 1975. Trente-six années de répression dont on ne connaît que trop peu l’horreur, la barbarie. Trente-six années qui ont laissé derrière elles des centaines de milliers de victimes. Et à mon tout petit niveau d’auteur, je brûlais d’envie de parler de ces victimes. De raconter leur histoire. Parce que la grande Histoire n’est finalement que la somme des histoires de chacun.

 

  • Comment s’est passé ton travail de recherches sur les événements historiques que tu relates dans ton roman ?

Ce fut un travail tout aussi formidable qu’effrayant. Mon amie Eva, qui est catalane, avait proposé de m’aider pour mes recherches (c’était début 2017 et j’étais alors enceinte de mes jumeaux) et nous nous étions retrouvées chez elle, car elle avait mis la main sur un documentaire en langue catalane qu’elle voulait me montrer. Il s’agissait d’un reportage qui donnait la parole à des hommes et des femmes qui avaient été pensionnaires dans des internats franquistes. Et leurs témoignages glaçaient le sang : maltraitance, viol… « Les internats de la peur », les avaient dénommés les journalistes d’investigation qui en dévoilaient l’horreur. Nous étions en larmes, avec mon amie. Autant te dire que la décision de parler de ces enfants et de leurs bourreaux s’est immédiatement imposée à moi. Je me suis alors plongée dans les témoignages de ces victimes, puis je suis remontée jusqu’aux prisons pour femmes, où beaucoup de mères de ces enfants étaient enfermées. Les sources n’ont pas été des plus faciles à trouver car beaucoup de livres étaient épuisés ; je n’aurais pu les consulter que dans des bibliothèques en Espagne et je ne pouvais pas me déplacer. J’ai donc trouvé des traductions en espagnol ou anglais. Ce fut une sacrée aventure.

 

  • Sang est le troisième opus d’une série qui met en scène plusieurs personnages que nous retrouvons à chaque publication. T’es-tu fixé un nombre de romans pour cette série ? As-tu déjà envisagé d’écrire un one-shot ?

Non, je ne me suis encore rien fixé pour la série Roy et Castells… à chaque fin de livre, l’envie s’est faite ressentir de retrouver mes deux nénettes et leur sympathique clique, comme là, avec le numéro 4 en préparation, qui nous emmènera cette fois au Canada. Quand au one-shot, l’envie commence à se faire sentir, en effet…

 

  • Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Je voudrais te remercier de me donner la parole, Anaïs, et de mettre en avant mes écrits, mes personnages, mon univers. Le weekend dernier, j’étais dans le Sud de la France, et j’expliquais à mes collègues de la littérature blanche combien les blogueurs comme toi et lecteurs passionnés étaient à l’origine du succès de mes livres. Sans vous, il n’y aurait pas de mots à coucher sur le papier.

 

Je te remercie infiniment d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.


Pour aller plus loin…

Retrouvez mes chroniques de Johana Gustawsson :

 

 

 

1 réflexion au sujet de “Lumière sur… Johana Gustawsson”

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