Interview

Lumière sur… Johana Gustawsson !

Il faut débarquer dans le genre du thriller français pour n’avoir jamais entendu parler de Johana Gustawsson.

Elle est l’auteure de la série Emily Roy & Alexis Castells qui compte aujourd’hui trois romans. Les intrigues se déroulent à Londres et le premier roman paru en 2015, Block 46, a fait grand bruit lors de sa parution, propulsant son auteure en tête des nouvelles auteures françaises à suivre à tout prix. Sång et Mör ont suivi en 2017 et 2019. Tous trois couronnés de succès, ils ont été largement plébiscités par les lecteurs de polars et de thrillers.

En l’espace de 6 ans, Johana Gustawsson est devenue une incontournable de ma bibliothèque, et il est temps de la (re)découvrir de manière un peu plus personnelle aujourd’hui à travers cette interview.

Avant de passer aux questions/réponses, je vous propose de retrouver mes différentes chroniques de ses romans :

Vous pouvez également retrouver notre première interview ensemble, qui date de 2019 en cliquant ici.

Lumière sur Johana Gustawsson !

Te tenir par la main pendant que tout brûle vient tout juste de paraître. Dans ce roman, trois intrigues bien différentes, dans trois époques différentes, vont converger pour n’en faire qu’une seule. Comment est-ce que tu t’organises sur le plan de l’écriture pour que tout s’emboîte aussi bien ?

En fait je travaille sur un plan très détaillé que j’appelle un squelette. Et j’en fais un pour chaque trame. Je commence par l’enquête principale, puis je poursuis avec les histoires parallèles. Et lorsque je dessine et travaille sur chaque squelette, j’ai en tête les autres, et je sais que les histoires doivent se faire écho. Je sème donc mes petites graines, mes indices, mais surtout mes fausses pistes ! J’adoooore les fausses pistes ! Et lorsque je passe à la phase d’écriture, c’est là que je pose la chair sur mon squelette. Les mots, les double-sens, tout ça tout ça, pour perdre un peu plus mes lecteurs, mais surtout pour les surprendre. Et leur faire passer un excellent moment !

Au cœur de chacun de tes romans, et à nouveau dans Te tenir la main pendant que tout brûle, il y a des femmes. Qu’est-ce qui t’intéresse tant dans le fait de les mettre autant en avant dans tes romans.

J’ai beaucoup de choses à dire aux femmes. Je pense qu’on a beaucoup de choses à se dire, entre nous, à dire au monde et à réparer. Je suis toujours terriblement triste de voir combien nous ne nous entraidons pas. Très souvent, les femmes qui se retrouvent à des postes de pouvoir oublient qu’elles sont femmes. L’aigreur d’avoir tout sacrifié les rend mauvaises envers leurs congénères, alors qu’elles devraient être fières d’avoir créé des passerelles, d’être là et de tenir le fort pour permettre à leurs cadettes de réaliser davantage et avec plus d’équilibre, grâce à ce qu’elles ont défriché pour elles. C’est pour cela, je pense, que je nous mets en scène : pour nous donner la parole, et pour rappeler, à mon tout petit niveau, que ces ponts existent, et que nous ne pouvons avancer et créer la parité que si nous nous entraidons, sans nous juger : celle qui est mère, celle qui ne l’est pas, celle qui donne des nuggets à ses enfants ou celle qui fait son pain bio, celle qui veut sauver son mariage ou celle qui a divorcé trois fois. Peu importe. Jugeons-nous moins, soutenons-nous davantage.

Dans ce quatrième ouvrage, le thème de la maternité est à nouveau ton terrain de jeu. Tu es mère de famille et tu sembles comblée par ça, pourtant tu aimes pointer du doigt les difficultés, les travers et les relations difficiles entre un parent et son enfant. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Ce fut un parcours du combattant pour avoir mes trois mini-dragons, et pourtant, lorsque mon grand est né, j’ai été complètement sous le choc. Certaines de mes amies étaient mamans avant moi et tout ce que j’avais entendu c’était : « tu verras comme c’est merveilleux, ta vie ne sera plus jamais la même, rien n’est comparable à ce bonheur-là » etc. Eh bien, je peux te garantir, que changer des couches à toutes les heures du jour et de la nuit à un bébé qui refuse ton sein et qui ne dort pas, ce n’est pas le rêve, mais alors pas du tout. J’ai donc passé les premières semaines à penser que j’étais la plus horrible des mères car je détestais mon nouveau rôle, en dépit des batailles que j’avais menées pour tomber enceinte. Je ne rêvais que d’une chose, c’était de reprendre le travail. Et c’est là, avec la formidable aide de ma sœur, qui est psychologue, que j’ai réalisé que nous sommes toutes des femmes et des mères différentes. Toutes. Qu’il faut arrêter de prétendre que tout est rose, car ce n’est pas le cas. Comme me disait un très bon ami qui était dévasté de partir loin de sa famille pendant quelques semaines, pour le travail : « quand on est avec eux, parfois on a envie de les vendre sur Ebay, mais dès qu’on part, ils nous manquent à en crever ». Il faut que nous ; les femmes, nous arrêtions de jouer ce rôle d’héroïne. Les failles, les imperfections, les erreurs, les errances, c’est normal, et ça ne rend pas la vie moins belle et ça ne fait pas de nous de mauvais parents.

Maintenant que tu vis en Suède, quand est-ce que tu m’écris un polar nordique ? (rires !)

Mais « JA ! » comme disent les vikings ! Oui, oui oui ! Je suis en train de t’en pondre un, plus nordique, tu meurs, crois-moi, tu vas être vontente ! On est sur une île piétonne en Suède qui te file les chocottes de l’autre monde quand tu y vas. Je n’ai jamais entendu un silence aussi étouffant que celui-là ! Une île sublime qui est à cinq minutes de mon nouveau chez moi, à Lidingö, (une île aussi) à côté de Stockholm. Il s’agit de l’île de Storholmen, et je pense que tous ses habitants vont bientôt me détester (rires).  

Quels sont tes projets littéraires pour les mois à venir ?

Je suis donc en pleine écriture de mon cinquième roman (je viens de compter, je n’étais pas sûre !) dont j’étais en train de te parler. Je délaisse encore une fois mes héroïnes Roy et Castells, mais c’est pour te pondre un polar nordique, alors, c’est pour la bonne cause, hein ! (rires.)

Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Je loue trois enfants avec un grand sens de l’humour et qui savent (presque) faire le café. Le mari peut être inclus dans le package, si on insiste ; lui sait faire le café, par contre. Location de préférence le week-end. Me consulter en MP pour les modalités. Comme ça, j’aurai beaucoup plus de temps pour écrire et tout le monde est gagnant.

Merci infiniment Johana d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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