Editions Plon, Polar/thriller français

Rendors-toi, tout va bien – Agnès Laurent

Voilà l’exemple même du livre qui prend la poussière dans ma PAL depuis des mois et qui me fait dire, après lecture, « quelle erreur de ne l’avoir sorti avant ! ».

Je mise ces derniers temps sur des livres courts, entre deux pavés de Lars Kepler et c’est principalement ça qui m’a donné envie de le lire.

Je vous parle aujourd’hui de Rendors-toi, tout va bien, d’Agnès Laurent, publié début 2021 chez Plon.

L’histoire (4ème de couverture)

Une femme dans une voiture délabrée, une autoroute, un jour de grand départ. Et soudain, l’accident. Qui est la victime ? Épouse, mère, femme ordinaire ? Qu’a-t-elle fait durant les heures qui ont précédé le choc ? Pourquoi son mari a-t-il été arrêté un peu plus tôt ?

Depuis sa cellule de garde à vue, ce dernier cherche à comprendre pourquoi sa femme a pris la fuite. Que n’a-t-il pas vu, que n’a-t-il pas voulu voir derrière les  » rendors-toi, tout va bien  » de celle qui vivait à ses côtés ? Et si, lui aussi, avait sa part de culpabilité ?

Simples voisins, amis, parents… au cours de cette journée, ils ont croisé ceux qui allaient devenir les personnages d’un terrible fait divers. Tour à tour, ils racontent ce qu’ils savent de ce couple sans histoire ou ce qu’ils pensent en savoir. Il y a des choses inimaginables tant elles dépassent l’entendement.

Un premier roman d’une finesse psychologique remarquable, qui dit avec justesse le glissement d’une femme jusqu’à sa disparition et qui nous interroge de manière lancinante… Que sait-on de nos proches, que sait-on de ces vies que l’on frôle ?

Une bonne surprise !

L’écriture d’un roman court, d’à peine 200 pages, est un exercice particulièrement casse-gueule. Il faut réussir à donner du corps à une intrigue, à des personnages, à des situations, suffisamment pour donner envie aux lecteurs de s’y intéresser, de s’y attacher. Bravo Agnès Laurent, l’exercice est réussi !

Rendors-toi tout va bien, est un roman qui se lit d’une traite ou presque. Si dans le premier quart du livre, on navigue dans le brouillard jusqu’à ce qu’on comprenne la mécanique de la construction de l’intrigue, on se plaît à découvrir avec une sorte de voyeurisme la vie du couple. Que s’est-il passé pour que monsieur soit cueilli par les flics un matin devant son travail, et pourquoi sa femme a décidé de quitter la maison en laissant mari et enfants derrière, sans prévenir personne et sans aucune intention de revenir ?

Le mystère plane durant tout le roman. L’auteure a fait le choix de nous dévoiler qu’en toute dernière partie ce qui a conduit à cette situation. Ça m’a donné envie de continuer à enchaîner les chapitres, ça m’a aussi parfois un peu frustré je dois l’avouer. Certaines petites phrases sont lâchées volontairement par l’auteure afin de nous mettre la puce à l’oreille et font écho à certaines affaires tristement célèbres qui se sont déroulées en France il y a plusieurs années. L’auteure est reporter pour un célèbre magazine et elle est allée puiser dans ces faits divers pour écrire son roman. Par contre, elle ne se contente pas de mettre en scène ces affaires, elle a développé ici un côté psychologique très fort qui m’a beaucoup plu. Elle développe également les dégâts psychologiques d’une enfance et adolescence difficiles, et les ravages qu’ils peuvent causer sur un adulte qui n’aura pas su s’en défaire.

Les romans psychologiques font partie de ce que je préfère lire, l’âme humaine est un puits sans fond pour un auteur de thriller, et lorsque l’aspect psychologique est bien développé comme c’est le cas ici, ça instaure un suspense de tous les diables. Impossible de ne pas s’identifier ici à ce couple, impossible de ne pas se sentir intéressé par ce qu’ils traversent, par ces découvertes qui vont balayer leur vie quotidienne et faire effondrer les bases de tout ce qu’ils ont construit.

Il y a un petit côté Desperate Housewives dans ce roman. N’y voyez rien de péjoratif : on découvre de l’intérieur la vie d’un couple à priori banal, ce genre de couple bien sous tous rapports où monsieur gagne suffisamment d’argent pour permettre à son épouse de rester à la maison pour élever les enfants. Bien que très discrets, ils sont bien intégrés dans le quartier, tout le monde ou presque les connaît au moins de vue, les enfants mènent une scolarité normale dans l’école du coin. L’épouse, Christelle, est une femme pas très bien dans son corps en raison d’un surpoids quasi permanent. Elle fait figure de mère parfaite aux yeux de son entourage et suscite quelques jalousies il faut bien l’avouer. A travers les chapitres donnant la voix à l’entourage plus ou moins lointain du couple, on comprend que derrière la petite couchée dorée il y a des choses moins reluisantes : une vie de couple sans piment, sans saveur, où les habitudes ont remplacé l’amour, où le sexe se fait rare et où la position de l’homme revêt un certain côté patriarcal. Sans tomber dans le cliché, il y a quelque chose de plus fort que le simple thriller domestique, justement car l’auteure développe une psychologie des personnages assez importante.

Le mot de la fin

Une bonne découverte, et un roman prometteur !

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