Interview

Lumière sur… Philip Le Roy !

Philip Le Roy fait partie de mes grandes découvertes 2020/2021. Je n’ai pas encore lu toute sa bibliographie (j’y travaille) mais je suis subjuguée par les romans de cet auteur, qui mêlent univers sombre, rock, voyages, le tout dans un style particulièrement travaillé et acéré. Tout ce que j’aime quoi. Récemment je parlais de cette future interview avec une lectrice et amie et je lui disais « Philip Le Roy, c’est un peu moi en homme en fait… »

Son recueil de nouvelles paru en 2021 est un chef d’œuvre de noirceur, j’ai été captivée par cette lecture d’autant plus quand on sait à quel point la nouvelle est un genre casse-gueule pour un auteur. Il est temps d’en apprendre davantage sur lui aujourd’hui, et je peux vous dire que l’interview est PASSIONNANTE (et nous avons même droit à des scoops pour la suite ! ) !

Lumière sur Philip Le Roy.

Pour aller plus loin, retrouvez mes chroniques de Philip Le Roy :

Bonjour Philip. Peux-tu te présenter aux lecteurs qui ne te connaissent pas encore stp ?

Bonjour Anaïs. Une présentation express en quelques mots et quelques chiffres pourrait donner ceci : je vis à Vence avec la Méditerranée pour horizon, je suis marié, père de 3 filles, écrivain depuis 25 ans, auteur de 19 thrillers et romans horrifiques dont un Grand Prix de Littérature Policière, de 42 nouvelles, d’1 série télévisée, de 11 chansons de blues.

Tu as publié cette année plusieurs ouvrages, dont un recueil de nouvelles très noir aux éditions Cosmopolis. Il me semble qu’il s’agit du premier recueil de nouvelles que tu publies, qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans l’écriture d’un genre si complexe que bon nombre d’auteurs ne s’y aventurent pas ?

La réponse est dans ta question : parce que c’est le genre le plus complexe, le plus exigeant, le plus pur, le plus noble. En France on n’aime pas les nouvelles parce il y en a eu trop de mauvaises. Pour qu’une nouvelle soit bonne, il faut happer le lecteur dès la première phrase et l’amener à une chute qui va lui exposer à la figure. Entre les deux, l’histoire doit être tendue. Tout ce que j’aime ! Comme le disait Philip K. Dick, la nouvelle consiste à saisir le moment le plus intense d’une existence. Il n’y pas de place pour la digression, le bavardage ou la météo. Dans une nouvelle on ne se regarde pas écrire. Le genre a attiré les plus grands écrivains qui en ont fait l’art littéraire suprême et ont imaginé des histoires courtes tellement denses quelle ont inspiré les plus grands films, de Blade Runner à 2001 l’Odyssée de l’espace, en passant par Les Evadés ou The Thing.

Ce recueil est sans doute le livre le plus noir que j’ai lu en 2021. Qu’est-ce qui te plaît tant en allant creuser dans le plus sombre de l’être humain ?

J’ai écrit ces nouvelles sur une vingtaine d’années. A chaque fois que j’ai eu envie de péter les plombs dans ce monde de malades, au lieu de prendre les armes, j’ai pris mon clavier et je me suis défoulé. En espérant que des lecteurs me suivraient dans cette catharsis. Écrire c’est trouver la bonne histoire et les mots juste pour donner de l’émotion. Et ce qui me plait, évidemment,  c’est de jouer sur l’émotion la plus puissante, à l’instar des grands maîtres comme John Carpenter ou H.P. Lovecraft : la peur. Or ce qui me fait le plus peur, c’est l’être humain. C’est lui le vrai monstre sur Terre. Comparé à lui, les vampires et morts-vivants sont aussi flippants que les Télétubbies. Si je veux terroriser le lecteur, je lui montre l’être humain.

T’arrives-t-il de t’autocensurer pour éviter de trop choquer ?

M’autocensurer serait contreproductif surtout dans l’écriture d’une nouvelle où l’objectif justement est d’amener le lecteur à une chute qui doit le choquer. La littérature permet encore ça, et doit résister à toutes les censures, surtout à celles de la bien-pensance, du politiquement correct et de la cancel culture qui contamine les esprits.

J’ai lu plusieurs de tes ouvrages, et à chaque fois c’est un sombre melting pot de rock, voyages, humour corrosif et politiquement incorrect. J’ai le sentiment que tu mets beaucoup de toi et de tes passions dans tes romans…

Si j’ai attendu d’avoir 35 ans pour écrire mon premier roman, c’est parce que j’avais besoin de  « remplir le réservoir », pour reprendre l’expression de Stephen King. Il fallait que fasse dix fois le tour du monde, que je rencontre des peuples différents sur tous les continents, que je vive des expériences, que je pratique les arts martiaux ou que je joue de la basse, que je me gave de films, de livres et de musique. Il fallait au moins ça pour me forger une vision du monde, donner de la consistance à mes histoires imaginaires et savoir comment les raconter. Mon vécu sert à crédibiliser ce qui sort de mon imagination. Donc forcément, il y a beaucoup de moi dans mes romans.    

Les Etats-Unis semblent être un pays que tu apprécies car tu situes régulièrement tes intrigues là-bas. Qu’est-ce qui te plaît tant dans le pays de l’Oncle Sam ?

J’aime surtout les Etats-Unis que j’ai connus il y a vingt ans. J’adore New York où j’ai vécu ; pour moi c’est la plus belle ville du monde. Et l’Ouest américain reste mon plus beau souvenir de grands espaces, de liberté, d’aventure, de beauté, de rencontres hors du commun. C’est l’Ouest américain qui m’a inspiré et donné envie d’écrire. Mon premier roman Pour adultes seulement se déroule sur la Route 66 entre L.A. et Santa Fe, mon deuxième Couverture dangereuse se passe entre Nice et l’Arizona, et le héros de ma trilogie du Dernier Testament est à moitié Navajo. Sans le pays de l’Oncle Sam, je n’aurais probablement jamais eu envie de raconter des histoires. En revanche, je suis moins attiré par l’Amérique d’aujourd’hui, gangrénée par le wokisme,  où les scripts et les manuscrits sont passés au crible des avocats et des algorithmes veillant à la parité et la diversité.

Tu as également publié des romans young adults. Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer du thriller pour adulte au young adult ? Et que dirais-tu à certains lecteurs qui ne lisent que du thriller pour leur donner envie de découvrir cette autre facette de ta bibliographie ?

Le thriller et le roman d’épouvante ont le même objectif : faire peur. Le premier joue avec réalisme sur une menace concrète dans un monde d’adultes. Le second abolit la normalité que nous construisons en tant qu’adultes, pose des questions que les autres genres n’osent pas poser, nous fait redevenir des enfants et croire au grand méchant loup. C’est pourquoi le roman d’épouvante s’adresse plus aux jeunes, plus grands consommateurs de séries et films d’horreur que les adultes.  Les personnages de mes romans d’épouvantes sont donc aussi plus jeunes. Mais la frontière est ténue entre les deux genres qui visent à réveiller le lecteur, à le malmener, à lui donner des frissons, et beaucoup de mes lecteurs la franchissent dans les deux sens.    

Quelques infos sur ce que tu nous prépares pour 2022 ?

Je te donne ici trois scoops ! Je viens de terminer un roman pour la collection Flash Fiction de Rageot destinée aux DYS et à ceux qui n’aiment pas lire. Un sacré challenge ! Sortie prévue en avril prochain. Là, je suis en train d’écrire un thriller avec une héroïne badass comme je les aime, pour Cosmopolis, programmé à la rentrée. Et je prépare un roman d’épouvante qui fera froid dans le dos et croire au surnaturel, prévu chez Rageot pour 2023. 

Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Je dois ma carrière d’écrivain à un libraire, Gérard Collard de la librairie la Griffe Noire et à son associé Jean-Edgar Casel, qui à eux deux ont fait le succès de mon premier roman. La carte blanche est pour eux, mais aussi pour tous ces passionnés comme toi Anaïs, qui se vouent à mettre en lumière des écrivains qui sans eux resteraient dans l’ombre.        

Merci infiniment Philip d’avoir pris le temps de me répondre !  

4 réflexions au sujet de “Lumière sur… Philip Le Roy !”

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