Coup de coeur, Editions La bête noire, Polar/thriller français

S’adapter ou mourir – Antoine Renand

« Tiens Anaïs, on dirait que t’as repris ton rythme après ta panne de lecture ! » m’a-t-on dit sur Instagram et sur ma page Facebook.

Avec un roman pareil, comment voulez-vous que je fasse autrement ?! Plus de 500 pages avalées 5 jours, c’est plus que ce que j’ai lu en deux semaines de temps durant ce mois d’octobre où j’ai littéralement boudé mes bouquins et la lecture en général !

Antoine Renand, c’est cet auteur qui a débarqué dans le monde du thriller français en 2019, et qui a tout fait péter avec son incroyable premier roman L’empathie. Grand vainqueur du Prix Nouvelles Voix du Polar Pocket 2020, il est accessoirement un de mes coups de foudre 2020. Fermer les yeux a suivi en mars 2020 et il a bien occupé les premiers jours de mon confinement 1 alors que je restais enfermée à double tour, persuadée qu’on allait tous mourir (et en bonne hypochondriaque, que j’allais y passer dans les premiers d’ailleurs) de ce saleté de Coco19…

L’auteur revient aujourd’hui avec S’adapter ou mourir, publié chez La Bête noire.

Mon petit doigt me dit que vous allez en entendre parler souvent…

L’histoire (4ème de couverture)

Elle a 17 ans et s’est enfuie de chez sa mère pour se sentir enfin libre. Accompagnée de son petit ami, elle fait escale chez un homme qu’elle n’a jamais rencontré mais avec lequel elle discute depuis des mois sur Internet. Elle en a fait son confident. Alors qu’il pourrait bien s’agir du plus abject des monstres… Il a 40 ans, est réalisateur de cinéma, en couple avec la même femme depuis leurs années de lycée.
De soudains déboires conjugaux et professionnels le contraignent à trouver un job alimentaire : modérateur pour Lifebook, le plus important des réseaux sociaux. Sa mission : supprimer des vidéos interdites du fait de leur caractère choquant, sexuel ou ultraviolent. Dans une société en constante évolution, où le précepte  » S’adapter ou mourir  » connaît des résonnances tant dans la folie meurtrière des hommes que dans le monde du travail, les destins de ces deux êtres, si éloignés au départ, finiront par s’entrechoquer.

Brillant !

C’est l’histoire d’un kidnapping, celui d’Ambre, 17 ans, qui a fait une bien mauvaise rencontre sur les réseaux sociaux.

C’est aussi l’histoire d’Arthur, 40 ans, qui va se retrouver un peu par hasard modérateur d’un célèbre réseau social, Lifebook. Son rôle : nettoyer la toile de toutes les ignominies qui y circulent : vidéos violentes, de maltraitance, accidents, viols et j’en passe. Le fond du fond, le tréfond du web qui se déroule sous nos yeux. et qu’il va devoir se coltiner huit heures par jour, semaine après semaine. Ça rendrait fou le plus sain et le plus endurci d’entre nous.

Deux tranches de vie que nous allons suivre sans qu’on comprenne le lien entre les deux.

La construction est traditionnelle, le thème des réseaux sociaux est actuel, l’originalité du roman ne se fera donc pas de ce côté-là mais plutôt dans la manière dont l’auteur l’aborde, dans le tournant qu’il donne à son intrigue à un moment où on ne l’attend pas, et dans son final qui est complètement inattendu et qui m’a, je dois dire, assez perturbée car je ne m’attendais ni à ce qu’il intervienne à ce moment-là, ni que le roman s’achève ainsi avec cette dernière partie.

Antoine Renand a cette capacité à captiver son lectorat, à nous accrocher dès les premières lignes sans plus jamais nous lâcher durant les centaines de pages qui suivent. C’est dû à un traitement implacable du rythme de l’action, mais également grâce à des personnages forts, peu nombreux, que nous suivrons dans leur vie quotidienne, dans leurs difficultés, leurs moments d’introspection et leurs pensées les plus intimes. Aucun moment d’ennui, et le besoin viscéral de reprendre mon livre à peine rentrée du boulot pour me replonger dans cette histoire. Je pense que c’est la troisième fois que j’écris ça le concernant, mais la carrière cinématographique de l’auteur y est certainement pour beaucoup dans sa capacité à maintenir le rythme, le suspense, et à créer un univers particulièrement visuel qui ferait un excellent scénario pour Netflix (dit la meuf qui n’a pas Netflix et qui je regarde pas la TV).

S’adapter ou mourir est un roman difficile, certains commentaires parlent d’un roman violent et je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce point (attention hein, je n’suis pas en train de vous dire que c’est une jolie promenade de santé au bord d’un ruisseau bordé de petites pâquerettes). Ici, pas d’hectolitres de sang, pas de scènes à rallonge de torture ou de massacre, pas de descriptions dégueulasses de cadavres en décomposition, de viols ou je ne sais quoi. L’auteur ne verse jamais de surenchère ni dans le voyeurisme, je dirais même qu’il y a une certaine pudeur dans l’écriture des scènes plus difficiles, et un respect immense pour ses personnages aussi. Oui, il se passe des choses dramatiques dans ce roman mais là où c’est violent et où ça prend aux tripes, c’est dans ce que ça réveille en nous. On peut se sentir concerné, touché ou ému par ce que vivent les personnages auxquels on s’est forcément attaché, mais c’est surtout le fait de s’identifier à certaines situations qui nous égratigne la sensibilité. On s’imagine vivre l’horreur qu’ils traversent, on se demande comment on pourrait supporter ça… On s’identifie aussi à eux parce qu’ils sont des gens normaux, ça pourrait être vous ou moi, ils ne sont pas des super-héros, juste des gens qui traversent une mauvaise passe et qui vont se retrouver au cœur de la violence qui inonde notre société.

Le thème des réseaux sociaux prend ici beaucoup de place. On les fréquente depuis de nombreuses années, on y fait des rencontres plus ou moins bonnes, mais qui sait finalement, qui se cache derrière cette oreille attentive avec qui on échange chaque jour ? Qui sait si la personne avec qui on échange n’est pas simplement une saloperie, là pour répandre sa haine, sa méchanceté et s’en prendre à vous ? On découvre ici les coulisses de ceux qui travaillent dans l’ombre pour tenter de contenir la haine des gens, la violence décomplexée de personnes qui se pensent à l’abri de la justice et des représailles parce qu’elles sont bien planquées derrière leur pseudo et leur écran. Pour chaque vidéo supprimée, ce sont dix qui sont publiées.

 « J’efface. Et tout va bien dans le meilleur des mondes. »

Le mot de la fin

Dérangeant, brillant, puissant, remarquable !

Considérez que chaque roman d’Antoine Renand finit chez moi dans ma liste des coups de cœur ou coup de foudre de l’année. Celui-ci ne fera pas exception à la règle. Je ressens d’ailleurs aujourd’hui un certain vide à l’avoir terminé, comme quand on termine une bonne série et qu’on se demande par quoi on va bien pouvoir enchaîner.

En trois romans, Antoine Renand s’est imposé comme une grande voix du thriller. S’adapter ou mourir est la preuve du talent incroyable de cet auteur, qui tient une place plus qu’honorable dans mes chouchous français !

Ai-je besoin de vous dire que je vous le recommande ?

6 réflexions au sujet de “S’adapter ou mourir – Antoine Renand”

  1. Merci pour cette découverte, je ne connaissais pas du tout ce titre, même si j’avais entendu parler de son auteur avec la sortie d’Empathie. En tout cas, tu m’as donnée envie de le lire, et je compte bien le dévorer à mon tour dès que je le trouverais 😉

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