Coup de coeur, Editions Cosmopolis

Biotope – David Coulon

Un jour, j’ai fait lire le roman Je serai le dernier homme de David Coulon à Mr Serial. Quelques jours plus tard, mon habitué des polars nordiques plutôt tranquilles m’interpelle : « Non mais oh, c’est quoi l’bouquin que tu m’fais lire là ?! C’est vraiment trop malsain pour moi ! ». Eh ben figure-toi que t’as encore rien vu chéri !

Voilà cinq jours que j’ai terminé le petit dernier de David Coulon, que je me demande comment je vais bien pouvoir vous chroniquer ça, et surtout comment  vous exprimer à quel point cette lecture a été incroyable.

Et dérangeante.

Et hors norme.

Et inclassable.

Et monstrueuse.

David Coulon fait partie de ces auteurs que je suivrais jusqu’en enfer, parmi les meilleurs auteurs français de littérature noire, et dont je ne lis même pas la quatrième de couverture avant de me jeter sur chacun de ses nouveaux romans.

Ce n’est pas une chronique, mais un cri du cœur pour cet immense coup de foudre !

Je vous parle aujourd’hui de Biotope, de David Coulon, publié chez Cosmopolis.

L’histoire (4ème de couverture)

RÉPARER DES ÉPAVES

Il sort de prison. Nous ne connaîtrons jamais son nom. Il a passé huit ans derrière les barreaux pour avoir accidentellement renversé un enfant, alors qu’il conduisait. Maintenant qu’il est libre, la conditionnelle lui permet un emploi d’agent d’accueil dans un garage où on aide les accidentés de la route, les naufragés de la nuit. Une vraie chance pour repartir du bon pied et trouver enfin la rédemption.


UN BUNKER ENFOUI SOUS LA TERRE

Une nuit, derrière le vacarme sourd du garage, un hurlement. Un long hurlement de terreur pure. Puis des vibrations, des coups portés sur une surface dure semblent sortir du sous-sol. Comme si des hommes et des femmes, en proie à la panique, celle de la nuit la plus obscure, étaient enfermés dans un bunker.


LA TRAQUE DE TROIS ENFANTS DISPARUS

Trois collégiens, dont les avis de recherche sont toujours diffusés, partout, dans la ville. Une ville gangrénée par des monstres en liberté. Une ville dans laquelle cet homme cherche à fuir les démons de son passé.

« Vous êtes plus monstrueux que n’importe quel monstre. »

Ami lecteur, si t’as un p’tit cœur fragile et que tu cherches un roman réconfortant, feel good et plein de jolies histoires pour te remonter le moral, trace ta route parce que Biotope est une plongée dans tout ce qu’il y a de plus sombre chez l’être humain, et crois-moi ça fait mal ! Même pour moi qui suis une habituée des romans assez difficiles, c’est dire s’il y a du level !

Chez David Coulon, tout part toujours d’un choix, mauvais évidemment, que doit faire le personnage principal. Face à une difficulté, aussi grande soit-elle, on a tous plusieurs choix qui s’offrent à nous, mais le plus important d’entre eux est de savoir si on doit/on est prêt à affronter cette situation comme l’adulte responsable, raisonné, et doué d’une capacité de raison qu’on est censé être, ou s’il est préférable de fuir face à la difficulté, quitte à se retrouver dans des emmerdes encore plus grandes. Je vous laisse deviner ici hein…

Biotope, c’est l’histoire d’un accident de parcours. Un bête accident de parcours où on est au volant d’une voiture et où on renverse un gamin. Ça peut arriver les accidents, bien sûr, mais quand on décide de maquiller cet accident en meurtre pour mettre ça sur le dos de quelqu’un d’autre au lieu d’appeler le 17 et de dire « j’ai fait une connerie, j’ai renversé un gamin, faites venir une ambulance », et qu’on se fait choper, forcément on prend plus cher qu’initialement prévu : peine de prison plus lourde, haine féroce des médias et de la famille de la petite victime, sévices en tous genres durant l’incarcération parce qu’on-touche-pas-à-un-gosse, éloignement des proches qui préfèrent ne plus rien avoir affaire avec nous, et j’en passe… Et puis comme en France, il n’y a ni peine de mort, ni enfermement jusqu’à la fin de ses jours, avec une bonne conduite et des remises de peine, on finit par ressortir, par tenter de se réinsérer, de rebâtir sa vie et de renouer des liens. Le tout est de choisir les bonnes personnes qui vont nous accompagner.

Il sera question dans Biotope de vengeance, celle qui pousse l’individu brisé à se faire justice lui-même. Parce que la justice est trop laxiste, parce que la peine de celui qui a brisé n’est pas à la hauteur de la souffrance de ceux qui restent. Ce mécanisme humain, complexe et dangereux est poussé à son paroxysme par l’auteur qui la déploie tout au long de son récit, pour le faire exploser en apothéose et rendant  la lecture de certaines scènes clairement dérangeantes et pourtant dieu sait qu’il m’en faut pour que je sois gênée ! Loin de me faire fuir (au contraire ça titille ma case un peu honteuse de voyeuriste et de lectrice pas très fréquentable dont il faut se méfier), elles ne sont pas légion et l’auteur les place judicieusement dans son récit pour qu’on en ressente l’impact dans toute leur puissance sans jamais nous dire qu’il verse dans la surenchère uniquement pour choquer ses lecteurs assoiffés de violences en tous genres (coucou Karine Giebel prends-en de la graine ^^).

Je ne peux pas terminer cette chronique sans évoquer le style narratif de l’auteur, qui est complètement hors norme et qui ne ressemble à aucun autre : successions de passages avec des phrases ultra courtes, renvois à la ligne frénétiques, répétitions de certaines phrases des dizaines, voire des centaines de fois, des phrases qu’il te martèle dans le cerveau tout au long du roman histoire que ça rentre bien dans ta tête à toi et que tu ne fasses plus qu’un avec lui, cet anonyme qui a renversé un gamin, cet anonyme qui n’a pas de nom et qui pourrait être n’importe lequel d’entre nous. On est dans la tête du personnage, on vit et on subit tout ce bordel qui est en lui, ses angoisses, ses nuits sans sommeil, ses choix perpétuels qu’il doit faire, qu’il est incapable de faire correctement d’ailleurs, et ça n’en fait que décupler toute l’horreur de l’intrigue qui se déroule sous nos yeux.

C’est pour toutes ces raisons que chaque ouvrage de l’auteur finit dans mes coups de cœur, c’est parce que ça ne ressemble à rien d’autre de ce que je lis, et c’est formidable pour un lecteur aussi assidu de polar que je le suis depuis une dizaine d’années de se dire qu’il y a encore des auteurs qui essaient de sortir des cases toutes lisses qui se sont imposées insidieusement dans le genre, quitte à bousculer le lectorat grâce à ces différences. Jamais édulcoré, jamais aseptisé, David Coulon fait dans le vrai quitte à heurter. Ils sont rares ces auteurs, à réussir à écrire du  noir de manière aussi admirable, et ils sont d’autant plus rares qu’il faut continuer de les mettre en avant pour les faire connaître aux lecteurs qui veulent du changement.

Le mot de la fin

David Coulon, t’es un putain de grand malade !!!

Oubliez tout ce que vous avez déjà lu ayant pour thème la violence, c’est celui-là qu’il vous faut ! Biotope est de loin le meilleur livre que j’ai lu en 2021, et il ne fait aucun doute qu’il fera partie de mes quelques coups de foudre en fin d’année, lorsque l’heure du bilan sera venue.

Je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle avec certains ouvrages qui ont été de vrais coups de foudre, en leur temps : Le manufacturier de Mattias Köping, La femme en vert d’Arnaldur Indridason, Qaanaaq de Mo Malo ou encore Dynamique du chaos de Ghislain Gilberti. Bien que très différents les uns des autres, il y a eu un avant et un après eux dans ma vie de lectrice. Il faudra désormais ajouter Biotope, de David Coulon.

Je recommande plus que chaudement.

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