Editions Pocket, Polar/thriller français

Torrents – Christian Carayon

En commençant ce roman, vous avez été nombreux à me dire « oula, attention, ça risque d’être calme pour toi » (quelle réputation de barbare je traîne moi !). Quand on sait ma déconvenue avec ma précédente lecture dans laquelle je me suis ennuyée ferme et dont la chronique a été une des plus négatives de mon blog en 2020, je ne partais pas forcément très positive dans cette lecture, et pourtant ! Je frôle le coup de cœur  !

Je vous parle sans plus attendre aujourd’hui de Torrents, de Christian Carayon, publié chez Pocket.

L’histoire (4ème de couverture)

1984. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille.
Bouleversé par ces évènements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier.
Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence.

Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.

Quelle surprise !

L’intrigue se déroule dans un petit village des montagnes pyrénéennes, au sein d’une famille de notables. Papa est chirurgien à la retraite, maman est au foyer, un des fils est parti faire sa vie à Paris, une de ses sœurs a suivi les traces professionnelles du paternel tandis que la seconde est propriétaire d’un hôtel. Dit comme ça, ça vend du rêve, une vraie petite famille parfaite ! Et pourtant rapidement l’aspect lisse de la famille vole en éclat, alors que des cadavres démembrés sont retrouvés disséminés dans les eaux tumultueuses de la rivière qui traverse le secteur. Nous apprendrons très vite qu’une victime faisait partie du cercle proche de la famille. S’en suivent les enquêtes, officielles et officieuses, qui vont replonger la famille dans des moments bien sombres de son histoire. Les secrets les plus enfouis finissent toujours par ressortir, ils bousculent alors l’équilibre précaire d’une vie bâtie sur des bases instables, fragiles, et dont nous nous délectons forcément en tant que lecteurs de polars.

La famille et les relations familiales dans leur ensemble, sont ici au centre de tout. Elle est ce rempart auquel on s’accroche quand tout fout le camp, elle est ce lien indéfectible qui lie des individus entre eux envers et contre tout, même si parfois certains décident de s’en affranchir au gré des déceptions et des vieilles rancœurs qui la gangrènent. L’auteur va nous plonger dans l’histoire de cette famille et dans les relations compliquées entre les parents et les enfants. Il y aura des doutes, il y aura des certitudes, qui seront parfois balayées d’un revers de la main par l’auteur qui excelle dans l’art des fausses pistes. Plusieurs personnages prendront une place un peu plus importante que les autres, car Christian Carayon a décidé de découper son récit en plusieurs parties et donnera tour à tour la parole à trois d’entre eux. Leurs points de vue, leurs doutes, leurs sentiments et leurs griffures à l’âme seront mis en lumière, donnant ainsi une certaine omniscience aux lecteurs sur l’intrigue. Un attachement se créé forcément avec ces personnages que l’on découvre dans ce qu’ils ont de plus intime, et l’implication émotionnelle n’en est que plus forte.

Côté rythme, on va dire que ce n’est pas ce roman qui va te défriser les bouclettes hein, mais il se dégage une puissance émotionnelle qui fait qu’il nous marque, qu’il provoque de la nostalgie et un petit pincement au cœur par moment. Pas besoin d’effets de style grandiloquents, pas besoin d’en faire des caisses et de verser dans la surenchère, l’intrigue est sublimée par une écriture qui se suffit à elle-même, une écriture subtile et qui prend son temps certes, mais qui est ravivée par des rebondissements réguliers histoire de relancer le suspense pour tenir le lecteur en haleine (on est quand même dans un thriller !). On sait qu’il va falloir creuser dans cette famille, et plus largement dans le petit microcosme de cette vallée, pour trouver l’explication à ces meurtres violents, et il faudra parfois remonter bien loin dans le temps pour trouver des réponses à ces questions.

Le mot de la fin

Torrents oscille continuellement entre littérature, thriller et roman noir. Je n’aurais jamais cru que cet ouvrage pourrait autant me plaire, moi qui aime les intrigues qui dépotent. Certes, on est sur une histoire qui est relativement classique, et pourtant l’écriture de Christian Carayon a réussi à me transporter et je reste, quelques jours après l’avoir terminée, encore marquée par cette histoire et cette famille.

1 réflexion au sujet de “Torrents – Christian Carayon”

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s