Editions Cosmopolis, Interview

Lumière sur… Ivan Zinberg !

 

Il a marqué la fin d’année 2019 avec son thriller événement Matière noire publié chez Cosmopolis. Il a envahi la toile littéraire avec cet ouvrage et il faudrait débarquer pour la première fois dans le milieu du polar pour ne pas en avoir entendu parler, ou ne pas l’avoir aperçu sur les réseaux sociaux… Il est temps maintenant de faire connaissance un peu plus avec son auteur, très discret habituellement sur les réseaux sociaux.

Lumière sur Ivan Zinberg !

  • Comme je le disais dans mon introduction, tu es un auteur vraiment discret sur les réseaux sociaux alors… Qui es-tu, Ivan Zinberg ?


Bonjour Anaïs. J’ai 40 ans. Je suis policier au quotidien et romancier sur mon temps libre. L’écriture est une passion. J’ai commencé à coucher quelques mots sur le papier au début des années 2000. Auparavant, j’étais un lecteur régulier, mais pas non plus un dévoreur de livres comme tu peux l’être (rires). Je lisais Agatha Christie, Stephen King ou Dean Koontz à l’adolescence. Puis j’ai découvert d’autres auteurs qui m’ont marqué : Michael Connelly, Joseph Finder, James Ellroy… ou Jean-Christophe Grangé, Olivier Descosse, Sébastien Japrisot pour les Français. L’envie d’écrire est venue sans calcul préalable. J’aimais décortiquer les textes que j’avais sous les yeux, voir comment la machinerie fonctionnait. J’ai mis une dizaine d’années à écrire mon premier texte. Je l’ai peaufiné au maximum pour être sûr de trouver un éditeur. J’ai publié quatre titres depuis 2014. Les trois premiers sont parus aux éditions Critic et Points et sont des « serial killer thrillers » situés aux USA, influencés par des auteurs comme Robert Crais ou Chris Carter.


  • Tu viens de publier Matière Noire aux éditions Cosmopolis, j’ai vu beaucoup de chroniques passer sur les réseaux sociaux, quel accueil et engouement de l’internet littéraire pour Matière Noire !


Oui, j’ai la chance d’avoir de très nombreux retours positifs avec Matière Noire, que ce soit les publications sur les blogs, Insta, Facebook, ou les mails que je reçois en privé. Sans doute des lecteurs n’ont-ils pas aimé, mais ils ont dû avoir la délicatesse de ne pas le faire savoir, car à la date d’aujourd’hui, il n’y a à ma connaissance aucun commentaire négatif sur le Web. Mais ça finit toujours par arriver, c’est le jeu (rires). Je pense que ce bon accueil est lié à la dimension réaliste et actuelle de l’histoire. En tout cas, toutes ces bonnes chroniques sont agréables et touchantes à lire, et ça montre que mon objectif en tant que romancier est atteint : le plaisir de lecture.

  • Combien de temps t’a pris l’écriture de Matière Noire ?


J’ai commencé à développer idée il y a environ trois ans. Au premier stade du projet, je réfléchis aux grandes lignes et aux thèmes que je veux aborder. Puis l’idée mûrit assez longtemps et j’entre dans l’élaboration détaillée du texte. J’ai mis trois ou quatre mois en 2018 pour créer le squelette de l’histoire et les personnages, puis une année à écrire le texte, corrections et relectures comprises. Le rythme a été très soutenu entre début 2019 et la sortie du livre en novembre. Écrire un polar complexe est un marathon, il faut tenir dans la durée et se montrer très organisé. Avoir une vision précise de là où on veut aller, en tenant compte de nombreux critères techniques et artistiques. C’est un travail titanesque, méticuleux, coûteux en temps et en efforts, mais passionnant. Le roman accompagne l’auteur chaque jour, il faut donc prioritairement choisir une histoire qu’on a envie d’écrire, pas seulement une intrigue qui pourrait « marcher » ou « plaire » auprès des lecteurs. Même si le potentiel divertissant est bien sûr aussi à prendre en compte.

  • Tu es capitaine de police et tu connais mieux que quiconque le milieu policier que tu décris habilement dans Matière Noire. Une chose revient très souvent dans les articles que j’ai pu lire sur la toile, que ça soit les articles de presse ou de blog, c’est le réalisme dont tu fais preuve pour dérouler ton histoire, quitte à laisser de côté le sensationnel et les multiples effets de style du polar… Déformation professionnelle ? Volonté d’immerger tes lecteurs dans ta réalité ?


C’est exactement ça. Dans le cahier des charges de départ, je m’étais fixé plusieurs objectifs : évoquer ma région, ancrer au maximum le récit dans la réalité, et laisser de côté autant que possible les artifices et situations exagérés visant à surprendre le lecteur. Aujourd’hui, ces effets de manche, que j’ai pourtant utilisés dans mes premiers romans, ne m’attirent plus. Dernièrement, plusieurs livres me sont tombés des mains à cause de ces énormes ficelles qui recherchent le rebondissement et le coup de théâtre à tout prix. Au niveau des motivations criminelles, on frise parfois l’absurde et la totale invraisemblance. Certains romans, qui m’avaient passionné dans les années 2000, me font sourire aujourd’hui quand j’y repense ou les relis en diagonale. Je n’y crois plus. Pour l’instant. Les goûts et les envies évoluent, et je pourrais peut-être y revenir un jour, pour m’amuser.

  • Il y a d’autres éléments qui rendent d’ailleurs crédibles ton intrigue, c’est que tu mêles des faits réels survenus en France avec des éléments purement fictionnels…

 

Comme tu le disais, il y a cette volonté d’immerger le lecteur dans la réalité. J’ai parsemé l’intrigue de références à des affaires authentiques pour souligner combien le volet criminel du roman est crédible. Par ailleurs, j’adore les faits divers et les observe au plus près en étant policier. J’ai raconté ce que je connais d’un point de vue professionnel : la vie d’un commissariat, les flics d’une ville de province, les quartiers, la psychologie des policiers, des délinquants… Je les ai présentés tels que je les perçois, c’est ma vision et mon ressenti du réel. Je me suis quand même autorisé quelques libertés romanesques indispensables pour pimenter le récit. Sans ça, le dynamisme narratif serait trop faible, car les vraies enquêtes criminelles sont en fait très linéaires, codifiées, peu spectaculaires, et beaucoup d’investigations se font au bureau derrière son PC. Les grands dossiers réels, qui pourraient se suffire à eux-mêmes, comme l’affaire Guy Georges, sont rares. Et encore, dans celle-ci, on arrête simplement le tueur dans la rue après un recoupement ADN. C’est trop peu pour proposer un roman captivant avec un final percutant.

  • Comment gères-tu ta carrière professionnelle, celle d’écrivain, les multiples salons dans lesquels tu es invité, les réseaux sociaux sur lesquels tu es très présent et sur lesquels tu échanges avec tes lecteurs ?


Je ne perds pas de temps. L’emploi du temps, c’est la clé pour tout mener de front. Regarder des séries interminables, aussi bonnes soient-elles, par exemple, n’est pas du tout mon truc. Trop chronophage. Tout comme me caler le soir devant la TV par fainéantise pour revoir un film mille fois vu, ou perdre un après-midi entier dans des centres commerciaux à arpenter les boutiques. Il faut se recentrer sur l’essentiel. Pour moi, ce sont mes proches et mes amis, mon travail, et tout ce qui touche à la lecture et à l’écriture, dont les échanges avec ceux qui aiment ça. J’adore les salons. Rencontrer des lecteurs, des auteurs, et parler de livres et de fiction est très intéressant. Je réponds et communique très facilement sur les réseaux sociaux. Globalement, les acteurs du polar : lecteurs, auteurs, organisateurs de salons, chroniqueurs, libraires… sont très sympathiques. C’est un plaisir.

  • Je sais que Matière noire vient tout juste de sortir, mais tu sais que les lecteurs sont d’éternels impatients… As-tu d’autres projets d’écriture à venir ? Allez, c’est juste entre nous =)


J’en suis précisément au stade de l’élaboration générale de mon prochain roman. Je recherche le bon angle pour raconter cette histoire, qui se déroulera encore du côté de chez moi, en région lyonnaise. Ce sera un polar inspiré d’un fait réel médiatique, qui s’appuiera donc à nouveau sur un socle réaliste et abordera des thématiques policières actuelles. Je vais peut-être tenter de nouvelles choses sur la forme, mais rien n’est encore figé. Il va me falloir une année pour l’écrire, on peut donc imaginer une sortie en 2021. Je ne veux pas me précipiter, ce serait le meilleur moyen de commettre un bouquin trop générique ou déjà vu. C’est l’avantage de concevoir l’écriture comme une passion, en plus de son job : pas de pression « alimentaire » ou financière obligeant à multiplier les parutions rapprochées, avec des romans qui manquent parfois de souffle et de maturation.

  • Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !


Je travaille aussi en ce moment sur une nouvelle qui paraîtra en octobre 2020 dans le recueil « Storia ». Une quinzaine d’auteurs y participent en proposant chacun une histoire courte sur un thème donné, à savoir revisiter un conte merveilleux célèbre à la sauce thriller. C’est une belle initiative au bénéfice de ELA (association européenne contre les leucodystrophies, maladies rares du système nerveux) lancée par l’auteur Damien Eleonori. Un premier recueil de nouvelles, « Phobia », très réussi, était déjà sorti en 2018. Bravo à lui, et à ses partenaires en coulisses, pour ce magnifique projet, d’autant plus précieux en cette période de Covid-19, encore plus critique pour les malades et leurs familles touchés par les leucodystrophies. J’appelle les amateurs du genre à être au rendez-vous en fin d’année lors de la sortie de « Storia ». Quand le thriller peut servir au-delà du divertissement, pour la bonne cause, il ne faut surtout pas se priver !

  • Merci Ivan pour avoir répondu de manière si personnelle et détaillée à mes questions.


Merci Anaïs pour cette interview, et pour tout ce que tu fais, en vraie passionnée que tu es.

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