Interview

Lumière sur… Nicolas Duplessier !

Anaïs Serial Lectrice : « Alors Nico, parle-nous de ton roman ? »

Nicolas Duplessier : « Ben tu vois, le film là (nom d’un film totalement inconnu pour moi) il était top, il m’a vraiment inspiré. »

Anaïs : « Oui d’accord, mais ton livre, il est comment ? »

Nicolas : « Je regarde beaucoup de films et séries des années 90… »

Interviewer Nicolas Duplessier n’a pas été mince affaire. Si je le surnomme « le troll », c’est aussi bien pour son côté humoristique omniprésent que pour sa formidable capacité à partir dans tous les sens, mais vu que ça fait partie du personnage, il va falloir vous y habituer. Mais connaissant bien l’asticot depuis un certain moment, je peux vous dire que derrière ce permanent bouquet final de feu d’artifice, se cache un acharné de travail qui réussit tout ce qu’il touche.

Je vous ai parlé de son second roman hier, On n’enterre jamais le passé, qui vient tout juste de sortir chez Lajouanie, c’est l’heure d’en apprendre d’avantage sur l’auteur qui se cache derrière ce titre.

Lumière sur Nicolas Duplessier.


  • Hello Nicolas. Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore stp ?

Il y a des gens qui ne me connaissent pas ? J’ai du mal à le croire. Mais c’est vrai que je n’ai pas encore de fiche Wikipédia… Bon alors je m’appelle Nicolas Duplessier. Je suis auteur, mais vous êtes nombreux à me connaître en tant que blogueur. Vous connaissez sans doute ma page Facebook « Il en pense quoi Nico ? ». J’ai 41 ans et j’habite du coté de Fontainebleau.

 

  • Peux-tu nous parler d’On n’enterre jamais le passé, ton deuxième roman qui vient tout juste d’être publié aux Editions Lajouanie ?

Comme tu le dis si bien, il s’agit de mon second roman après « Été pourri à Melun plage » publié en 2016. On n’enterre jamais le passé est un roman que j’ai voulu plein d’action, d’humour et d’énergie. Je voulais que les lecteurs vivent une aventure originale, que ce second roman soit difficilement classable.  On n’enterre jamais le passé n’est pas tout à fait un thriller, pas tout à fait un polar, pas tout à fait un roman noir… J’ai mis dans ce roman tout ce qui m’influence dans la vie, le cinéma que j’aime, la musique que j’aime, l’humour que j’aime.

 

  • Parle-nous un peu de tous ces mois d’écriture, de relectures, de corrections…

C’est « marrant » (Je ne suis pas non plus mort de rire) que tu me poses cette question car, l’été dernier, j’ai publié une vidéo « Comment écrire des romans à succès ? » (note de la blogueuse : allez voir c’est truculent !) mais je suis incapable de suivre cette méthode. D’ailleurs lorsque je discute avec mes « collègues » auteurs, j’évoque leur façon de travailler. Il ressort souvent de ces échanges qu’ils travaillent avec méthode, qu’ils sont appliqués et que ce sont des gens sérieux. Moi, je suis quelqu’un des très, très mal organisé. Je fais tout à l’arrache, je pose mes idées en vrac, et ensuite je rame pour coller le tout, que ça tienne la route, que ça « chante ».

Alors, oui, le travail d’écriture, de relecture et de corrections fut quelque chose d’assez éprouvant. Tu sais de quoi je parle puisque tu as été ma relectrice.

  • Je ne vois pas du tout quoi tu veux parler !

Une très méchante relectrice d’ailleurs.

  • J’aime bien quand tu me fais des compliments et que tu me dis que je suis méchante =)

L’écriture c’est du boulot, un plaisir solitaire et un travail d’artisan, comme le monteur d’un film de cinéma (ou d’un film de vacances d’ailleurs). On peut même parler de bricolage. Ce mot n’est pas péjoratif. Les grands auteurs ou les grands cinéastes font aussi du bricolage. Pour le cinéma, ils ont des outils un peu plus coûteux qu’un stylo ou un traitement de texte. On va dire que ma façon de travailler est semblable à celle d’un cinéaste qui bosse sur un film. On dit souvent que les films sont écrits trois fois. Tout d’abord, on écrit un « script ». Le film est ensuite tourné et rendu vivant. Puis ce script est écrit une troisième fois au montage. La réalisation d’un film est un processus itératif et collaboratif. Il faut beaucoup de monde pour créer une histoire réussie. C’est, pour moi, la même chose avec un livre.

Mais, quoi qu’il arrive, certains bricolages sont meilleurs que d’autres.

 

  • On l’aura compris, tu es passionné par le cinéma et le roman noir, qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire à ton tour des histoires ?

J’ai toujours eu une fascination pour le film noir , son esthétique et l’atmosphère des romans de détective américains. Dans le film noir et les « classiques » de la littérature noire, j’aime les femmes fatales, les détectives privés, le reflet du cynisme de l’époque.

Pour l’anecdote, je terminais l’écriture de mon premier roman Été pourri à Melun plage  et je suis tombé sur le film « Assurance sur la mort » de Billy Wilder. Ce film noir – un incontournable du genre – c’est l’histoire d’un employé de compagnie d’assurances qui tombe amoureux de la femme d’un de ses clients. Cette femme fatale réussit à le convaincre d’échafauder un plan pour tuer son mari violent et ainsi partager l’assurance-vie de ce dernier. Une assurance-vie doublée en cas de mort accidentelle. C’est ce film qui été l’amorce de l’écriture de mon second roman.

(Note de la blogueuse : attention il va se lancer dans le sujet « cinéma » !)

Comme on parle de cinéma, je vais t’avouer un truc. J’ai un rapport particulier au cinéma et à l’image. D’abord, je ne me considère pas comme un cinéphile puisque je ne vais pour ainsi dire jamais au cinéma. Le cinéma que j’apprécie ne passe pas au cinéma. Quand j’étais plus jeune, je me gavais de VHS. Je suis de la génération des vidéoclubs Vidéo Futur et, d’ailleurs, je suis convaincu que certains films m’ont façonné sur tous les aspects de la vie, tels que l’amour, les relations amoureuses, l’argent. Notre imaginaire cinématographique nous a accoutumés à nous identifier à des modèles de personnages de fictions. Aujourd’hui, je regarde beaucoup de séries B ou toujours les mêmes films des années 90, de John Woo à Peter Weir en passant par Sheldon Lettich, Ringo Lam ou Tarantino. Pour moi ce sont des bons films, qui résistent à l’épreuve du temps et que je peux regarder des années plus tard tout en en profitant. Les années 90 ont marqué une évolution dans les codes de la narration filmique. Cela m’a toujours fasciné.

(Note de la blogueuse : y réfléchir à deux fois la prochaine fois avant de le lancer sur le thème du cinéma…)

Ados, j’étais fan de Jean-Claude Van Damme. Les murs de ma chambre était ras la gueule de posters et photos. C’est un type que j’ai toujours admiré. J’admire son parcours. Le petit belge parti de rien, pour arriver quelque part. A 17 ans, je rêvais de devenir réalisateur, de créer des films, de créer de l’émotion. J’aime être submerger par l’émotion, quand un film me prend aux tripes. Le cinéma occupe une place unique dans ma vie. C’est un art, une langue, un moyen d’éducation, d’inspiration, un média qui nous permet d’échapper à nos vies et de nous aventurer ailleurs ! Je rêve toujours, comme le gamin du film Last Action Hero, de me retrouver projeté dans un film de Schwarzenegger. A 40 ans, midlife crisis oblige, je regrette un peu de ne pas avoir essayé de me lancer dans le cinéma.

Alors, aujourd’hui, l’écriture me permet de raconter des histoires et mes vidéos de partager mes délires. D’ailleurs, je suis convaincu qu’aujourd’hui les créateurs de vidéos incarnent le futur des contenus. Je prends un plaisir fou à créer ces vidéos : personne ne m’emmerde, je raconte ce que je veux, quand et comme je le souhaite. Cette liberté est énorme. Et comme un gosse, je n’ai jamais peur d’en faire trop.

Pour faire le lien avec mon expérience d’auteur, c’est pareil, je ne prends pas la tête. Bien sûr j’ai la pression du second roman et j’espère que le public sera là pour me soutenir.

  • Et en résumé ?

Tu prends ces deux influences, le film noir américain et le cinéma populaire des années 90, tu ajoutes un peu de musique Metal et ça donne On n’enterre jamais le passé.

 

  • Malgré le côté polar, j’ai le sentiment qu’On n’enterre jamais le passé est un peu un roman d’apprentissage, et que ton personnage Luka te ressemble beaucoup…

On se connait bien et tu sais que si j’écris à la première personne du singulier alors on peut facilement dire qu’il y a un peu de moi dans les personnages principaux de mes romans. Même si j’exagère un chouia, que je grossis le trait. A mon avis, il est difficile d’écrire un personnage si on ne se met pas un minimum dans sa tête. J’ai besoin de ça pour créer de l’empathie et rendre mon personnage crédible et attachant aux yeux des lecteurs. Dans Été pourri à Melun Plage, le personnage de Florian était, au début du livre, un sale con, mais il a évolué au fil du récit pour devenir touchant, avec les faiblesses que tout homme peut avoir. C’est quelque chose que j’aime dans le roman, ce côté initiatique, quand le personnage passe de l’innocence à l’expérience.

Quand j’y repense, les premiers romans que j’ai aimés étaient de vrais romans d’apprentissage. Que ce soit « Candide » de Voltaire, « La vie devant soit » de Romain Gary ou « Mort à crédit » de Celine.

C’est la même chose pour le cinéma, dans mon top 10 on trouve des films initiatiques, comme « à bout de course » de Sidney Lumet avec River Phoenix dans le rôle d’un adolescent obligé de fuir et de sacrifier ses aspirations pour une faute qu’il n’a pas commis ou le film « Rusty James » de Coppola avec Matt Dillon, un caïd qui grandit dans l’ombre de son frère.

Plutôt que de roman d’apprentissage ou initiatique, pour On n’enterre jamais le passé, je pense plutôt au thème de la rédemption. Le personnage de Lukas est un gamin quadragénaire qui cache son mal-être avec de l’humour et d’auto-dérision. Par contre, lorsqu’on met en scène un personnage principal de 40 ans, la quête initiatique symbolisant le passage de l’enfance au monde adulte ne tient plus. C’est pour ça que je parle de rédemption. Lukas (et Florian dans « été pourri à Melun plage ») trimbale des putains de casseroles, se comporte souvent comme un connard, mais son cœur n’est pas tout à fait mort. Une petite lueur d’espoir continue d’y brûler.

Il peut « renaître » pour bénéficier d’une seconde chance.

 

  • Comme dans Eté pourri à Melun Plage, ton roman est empreint de beaucoup d’humour, on rit, on sourit, ça change des polars classiques et bien rangés ! Pour te fréquenter depuis pas mal de temps, je sais que c’est un peu ta marque de fabrique. Ça cache quoi ce besoin de légèreté, et comment est-ce que tu canalises ça pour éviter de tomber dans le too-much ou le gonflant ?

Je suis admiratif du style impeccable et de l’humour subtil d’un Lawrence Block ou d’un Harry Crews (note de la blogueuse : deux auteurs de romans noirs américains). Crews c’est le champion. Il arrive à conjuguer humour et violence et c’est admirable.

J’adore jongler avec l’ironie et essayer de mélanger humour grinçant et tendresse. Ce que j’aime le plus dans l’écriture, ce sont les dialogues. Le dialogue est au centre de « mon montage ». C’est là que je prends mon pied. Je cherche toujours la meilleure phrase, la formule foudroyante.

Sur la quatrième de couverture de On n’enterre jamais le passé, je parle de Lemmy Caution, le personnage fétiche de Peter Cheyney. Mon admiration pour ce personnage vient de son humour, de sa décontraction et de son amour pour les jolies femmes. Je vois d’ailleurs mon personnage, Lukas, comme un mélange de trois personnages ou personnalités. D’abord, Hank Moody, interprété par David Duchovny, l’écrivain alcoolique, rock’n’roll, toxicomane, bagarreur et immature de la série Californication. Un coureur de jupon invétéré. Mais il y aussi du Jean Dujardin ou du Eddie Constantine, le visage de Lemmy Caution à l’écran.

 

  • Le boulot, la vie de famille, le ciné, les séries, les chroniques vidéos, la lecture, le chat, l’écriture… ça t’arrive de dormir parfois un peu ?

Je fais partie des gens qui sont incapables de vivre dans la routine et pourtant, je vis la même routine depuis… à peu près toujours. Mais ma routine c’est multiplier les expériences, découvrir et partager. Je vis ma vie à 100 à l’heure et je pense que mon hyperactivité est un atout pour résister au burn-out.

Après j’ai une hygiène de vie irréprochable (rires dans la salle). Plus ou moins…

Je fais du sport. Je mange sainement. Plus ou moins. Je bois peu. (Une bouteille de Whisky par semaine, c’est peu ou pas ?) Je fume peu. Je me couche tôt. Sauf le lundi soir car il y a « L’amour est dans le pré » et le mercredi car il y a « Le meilleur pâtissier »

 

  • Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Je pense avoir assez parlé et raconté ma vie. Je tenais simplement à te remercier pour ton soutien, pour tout ce que tu fais pour les auteurs et pour ta gentillesse.

 

Infiniment merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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