Editions La Martinière, Interview, Polar/thriller français

Lumière sur… Sébastien Dourver !

lumiere sur...

Il est celui qui a réussi à me transporter grâce à son livre, alors que ça faisait trois mois que je tournais en rond dans mes lectures.

Il est celui qui va se retrouver en très bonne place de mes lectures coups de cœur les plus marquantes de l’année 2019.

Il est celui qui a écrit le roman noir le plus déjanté de mon année littéraire.

Il est celui dont je vais vous parler pendant des mois pour que vous sortiez de votre zone de confort et pour vous donner envie de le découvrir.

Aujourd’hui, c’est l’auteur de l’excellentissime Cool Killer qui prend les commandes de mon blog.

Lumière sur Sébastien Dourver !

Bonjour Sébastien. Peux-tu te présenter aux lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore stp ?

Sébastien Dourver, 38 ans. Mon premier roman, Cool Killer, vient d’être publié aux éditions de La Martinière. Auparavant j’ai publié deux livres d’humour noir avec mon complice Samir Bouadi aux éditions Pygmalion : Bien choisir sa religion avant la fin du monde et Les sept principes de ceux qui n’en ont pas. Nous récidiverons en octobre avec notre Encyclopédie de la connerie ambiante. Avant cela, j’ai été journaliste à la télévision et je le suis parfois encore un peu. J’ai trois petites filles, j’aime le café et jouer aux échecs (Seb-Musashi sur chess.com).

 

Parle-nous un peu de Cool Killer qui vient d’être publié aux Editions La Martinière…

Cool Killer est mon premier bébé, il est un peu bizarre, limite possédé, mais je l’aime quand même. J’ai ressenti le besoin d’écrire un roman il y a quatre ans. Sans doute par ego, pour montrer ce que je savais faire. C’est un livre nerveux, enragé et méchant. Comme tous les écrivains du monde, je crois que je voulais écrire le plus grand livre de l’univers, et ça a donné Cool Killer. Si j’osais, je le qualifierais d’outrancier. J’avais besoin de cogner. Il correspond à une période de ma vie.

 

Cool Killer est un ouvrage inclassable, ni polar, ni thriller, ni vraiment roman noir même s’il s’en rapproche… A quel public s’adresse-t-il ?

Bonne question… J’interdis, et je suis sûr que tu me comprendras, à certaines personnes, comme mes grands-parents, de le lire et même de le feuilleter. Je suis parfois mal-à-l’aise quand on me demande de parler de Cool Killer. En soirée, par exemple. « Ça parle de quoi votre roman ? », « Euh, c’est un génie qui tue un gars en trottinette et qui décide de quitter sa famille et son travail pour détruire la société. ». Ça peut casser l’ambiance. En général, je recommande d’abord d’aller parcourir les premières pages du livre sur le web. Ce qui est sûr c’est qu’il s’adresse à des lecteurs adultes et avertis. Il est brutal. Selon moi, c’est de la littérature noire : j’aimerais qu’on me classe avec Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis et Ruy Murakami, entre autres.

 

On ressent beaucoup de cynisme dans la manière d’aborder ton intrigue… pas de filtre, pas d’édulcorant, c’est parfois brut de décoffrage !

Responsable mais pas coupable ! C’est la faute d’Alexandre Rose, mon « adorable » héros. C’est sa voix à lui. Ça a été un régal d’écrire dans son esprit. Sincèrement. C’était aussi un casse-tête car écrire à la première personne pose bon nombre de contraintes. J’ai même essayé de réécrire tout le livre à la troisième personne avant de me rendre à l’évidence : Alexandre devait raconter son histoire. Le plaisir de lecture provoqué, je l’espère, par son fiel était trop fort.

 

Ton personnage principal, Alexandre Rose, est d’une complexité incroyable, on aurait envie de le détester pour tout ce qu’il est, et pourtant certaines de ses réflexions trouvent un écho en nous, et on se surprend même à le trouver sympathique, parfois…

Je pense qu’il y un côté libérateur. Une forme d’exutoire. C’est ce que j’ai ressenti à l’écriture et j’imagine que le phénomène est similaire lors de la lecture. On jubile avec ce personnage au cynisme absolu. On a l’impression qu’il nous venge de quelque chose. De l’absurdité de notre monde, peut-être. Et puis, il agit, lui.  Tout le monde ne rêve-t-il pas de punir son boss et tous les dingues qui nous entourent ? Ensuite, si ta question est : comment peut-on aimer un personnage aussi ignoble ? Je te dirais que l’on ne s’attache pas qu’aux gentils héros. Loin de là. Regarde Le silence des agneaux : qui n’aime pas Hannibal Lecter ? Tu me diras qu’il n’est pas protagoniste principal et c’est vrai. Mais je ne sais pas si tu connais le manga Death Note, le personnage de Kira est fantastique. C’est comme dans la vie d’ailleurs, on ne s’attache pas toujours aux gentils…

 

Tu dis dans tes remerciements que le travail éditorial réalisé conjointement avec Marie Leroy, éditrice aux Editions La Martinière, avait été important. Quels sont les changements apportés, et combien de temps est-ce que toutes ces phases d’écriture et réécriture ont pris ?

J’ai vécu avec Alexandre Rose en permanence pendant quatre années. J’en rêvais la nuit. CK fait à peu près 55.000 mots et je pense en avoir écrit quatre fois plus. Pourtant, je ne suis pas un écrivain prolixe comme tu l’as sans doute constaté. En fait je n’étais pas assez formé, un peu chien fou et du coup j’avais écrit un roman franchement baroque. Dans les premières versions CK était entièrement dans le désordre. C’est une phrase de Milos Forman qui m’a sauvé : « Si vous n’êtes pas capable de raconter une histoire dans l’ordre chronologique, changez de métier. ». Attention cela ne veut pas dire que toutes les histoires doivent être chronologiques – je pense ici à Irréversible de Gaspard Noé, qui est un coup de maître – mais cela signifie qu’il ne faut pas mettre les chapitres dans le désordre uniquement pour créer des effets. J’avais aussi décidé de ne mettre aucun nom dans le livre. Quand j’y repense… Va savoir pourquoi. Mais c’est pour cela qu’il y a autant de surnoms donc ce fut une bonne étape.

Rencontrer Marie Leroy a été une chance inouïe. J’ai gagné au Loto. Encore une fois j’étais un peu inconscient, j’ai envoyé Cool Killer par la poste aux cinq ou six maisons d’édition les plus connues. Tu imagines la tête des premiers lecteurs ? J’ai évidemment reçu de très belles lettres-type de refus que j’ai mises sur ma table de nuit. J’avais heureusement la chance d’être soutenu par quelques personnes. Et mon manuscrit a ainsi été transmis à La Martinière grâce à Yann Arthus-Bertrand et ma chérie, Inès Barbier. Il est arrivé entre les mains de LA bonne personne : Marie. Je me demande encore comment elle a pu prendre le risque de publier Cool Killer. Je me souviens très bien de son premier message. Je sortais de la bibliothèque Mazarine, un lieu que j’aime. J’avais un message vocal laissé depuis un téléphone fixe. Je me suis dit : « un démarcheur ou un créancier. », et puis j’ai écouté.  C’était la voix de Marie. Elle me parlait de Selby Jr., et me demandait si, par chance, je n’étais pas encore édité… et j’ai pleuré, ce qui ne m’arrive normalement qu’à la fin de Rocky.

Le travail avec elle a été dingue. Nous sommes proches mais elle sait garder la bonne distance pour pouvoir tout me dire sur le texte. C’est ça que j’ai apprécié. Et puis elle pointe tout ce qui cloche, remue la poussière sous chaque tapis. « Pourquoi réagit-il comme ça ? Comment peut-il savoir cela ? Les mots employés par ce personnage lui correspondent-ils ? ».

Marie est quelqu’un d’élégant. Elle ne propose jamais de réécriture : elle pose les questions et me laisse ensuite tenter d’y répondre.

J’ai adoré réécrire avec elle et j’ai beaucoup, beaucoup appris.

 

Tu as travaillé en tant que rédacteur en chef, journaliste… Comment en es-tu venu à l’écriture ? Est-ce qu’aujourd’hui tu y consacres ta carrière ou as-tu d’autres activités professionnelles en parallèle ?

Je venais de quitter mon précédent poste. Et puis je suis devenu très proche de Samir Bouadi. C’est lui qui m’a poussé à écrire. C’est pour cela que Cool Killer lui est dédié. Il y a aussi eu Florence Lottin, qui nous édite chez Pygmalion et nous soutient énormément dans notre folie. Ça fait du bien d’avoir des gens qui croient en vous.

J’essaie d’écrire un maximum mais ce n’est pas toujours évident. Il y a des sacrifices à faire. C’est comme ça. Et à part ça j’essaie de faire uniquement des choses que j’aime avec des gens que j’aime : je donne des cours de communication et de narration (je déteste le mot storytelling), je fais du développement pour la télé et le ciné, j’essaie de monter ma première pièce de théâtre, je souhaite tourner un premier court-métrage cette année et j’ai un projet fou : lancer un journal papier.

 

As-tu des rencontres prévues avec des lecteurs dans des salons ou librairies prochainement ?

Il y aura une signature Jeudi 26 septembre à partir de 19h dans la superbe librairie La Plume Vagabonde au 32 rue de Lancry dans le Xème arrondissement de Paris, un brunch le dimanche 13 octobre organisé par @loeildelucioledansleslivres, et je devrais être l’année prochaine au salon organisé à la Fnac Rosny 2 par la libraire et amie Caroline Vallat qui me soutient beaucoup. Et sinon j’espère plein d’autres, j’adore ça !

 

Je te laisse carte blanche pour clôturer cette interview !

Merci à toute la communauté des fans de littérature noire sur Instagram qui m’a accueilli avec une bienveillance à toute épreuve, qui soutient mon livre et me donne juste envie d’écrire encore et encore.

Je ne m’attendais pas à ça.

Je te remercie infiniment pour cette interview !

 

2 réflexions au sujet de “Lumière sur… Sébastien Dourver !”

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