Interview, Non classé, Polar/thriller français

Lumière sur… Alexandre Civico !

Je vous ai parlé hier de mon dernier coup de cœur en date, Atmore Alabama. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant de le lire, mais il est à découvrir, assurément, aussi bien par les lecteurs de littérature blanche que de littérature noire. Ma chronique a été publiée hier, vous pouvez bien évidemment la trouver sur mon blog, mai j’ai à nouveau envie de vous dire : « laissez-lui une chance parmi la multitude de parutions qu’il y a actuellement, car il a de très belles choses à vous proposer. »

Lumière sur Alexandre Civico.

Bonjour Alexandre. Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore svp ?

Je m’appelle Alexandre Civico, j’ai 48 ans, je suis père de trois enfant, auteur, membre du collectif inculte et éditeur aux éditions inculte (liées au collectif d’écrivains). J’ai écrit deux romans parus aux éditions Rivages sous couverture « blanche », Atmore Alabama est mon troisième roman, le premier à sortir dans une collection « Noire ».

 

Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman publié début septembre chez Acte Sud, Atmore Alabama ?

Atmore Alabama est le récit de l’errance au cœur de l’Amérique profonde d’un homme qui a tout perdu. Un homme qui marche, mais qui ne sait plus pourquoi. Un homme venu accomplir un geste ultime puisqu’il n’a plus rien à perdre. Sur place, il rencontre trois femmes qui deviennent quelque chose comme une nouvelle connexion à la vie.

 

Dans ce roman noir, vous évoquez le thème du deuil, et vous nous plongez dans l’Amérique profonde, la discrète qu’on ne montre que trop rarement, dans une ambiance incroyablement lourde, poisseuse et noire. Comment vous êtes-vous imprégné des lieux pour les retranscrire de manière aussi juste et palpable ?

Je ne connaissais pas Atmore quand j’ai commencé à écrire ce livre. Je savais que ça allait se passer en Amérique, dans un état du sud et près d’une prison hébergeant un couloir de la mort. En cherchant, je suis tombé sur Atmore et ça a été une forme de révélation. Dans cette petite ville d’Alabama, se trouvent, à quelques kilomètres de distance, un énorme casino et l’une des prisons les plus violentes du pays. Atmore est presque une métaphore de l’Amérique. Je me suis donc rendu sur place, j’ai traîné mes guêtres dans le casino, suis aller visiter une foire aux armes, me suis fait virer manu militari de la prison, été à deux doigts d’acheter un flingue (je me suis ravisé au dernier moment) et de me faire casser la figure dans le bar du coin. Finalement, Atmore est devenu le cœur de mon roman, presque un personnage à part entière. L’atmosphère du livre est une sorte de décalque de ce que j’ai vu là-bas, des gens que j’ai croisé, avec qui j’ai pu échanger.

 

Vous avez travaillé en tant qu’agent littéraire mais aussi en tant qu’éditeur. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer de l’autre côté de barrière et de raconter à votre tour des histoires ?

La littérature est au cœur de ma vie depuis toujours, j’ai engrangé, avalé, je me suis construit des colères, des désespoirs, des espoirs, des enthousiasmes, à travers les livres. A un moment, il a fallu que ça ressorte, il a fallu que je rende, que j’en fasse quelque chose, de tout ce qui m’avait nourri. Par ailleurs, j’ai tendance à penser qu’un lecteur est écrivain aussi, d’une certaine manière. Il a sa façon de lire et de recevoir un livre, de le faire vivre. Le lecteur « crée » le livre qu’il lit (il imagine les personnages, perçoit les situations avec sa propre sensibilité, etc.). Aussi, dans le fond, la barrière est assez fine entre le lecteur et l’auteur et le passage d’un état à l’autre a quelque chose de presque naturel.

Quels sont vos inspirations ? Quel lecteur êtes-vous ?

Je suis un lecteur torturé (ici un smiley serait bienvenu pour ne pas me donner l’air d’un auteur trop sérieux), j’ai besoin qu’une lecture me nourrisse, me donne un angle, une vision, qu’elle me dise quelque chose que je ne sais pas. Disons que je lis pour que le monde soit plus compliqué, qu’il s’agrandisse. Je ne lis pas pour me détendre, je n’y arrive pas, j’ai besoin d’être sur la sellette, de ressentir un malaise ou d’avoir des épiphanies. Et puis j’aime les écritures, j’aime quand un style me bouscule, quand un auteur n’hésite pas à tordre la langue, à en faire autre chose que la simple description des événements, quand le style devient un objet en soit.

Difficile de parler de mes inspirations, elles sont trop multiples et finalement trop ancrées en moi pour que je parvienne à les démêler vraiment. J’aime profondément des auteurs comme Louis Ferdinand Céline, Pierre Guyotat (qui ont tous les deux tordu la langue jusqu’à parfois la faire rompre), Jim Thompson pour ses ambiances poisseuses, Cormac Mc Carthy pour son lyrisme noir et cruel, David Peace qui incruste de la poésie épique dans la narration policière, Dostoïevsky, Ellroy, Proust et tant d’autres que j’aurais probablement besoin que vous me laissiez les clés de votre blog pour les énumérer. (Ne vous inquiétez pas, j’éteindrai la lumière en partant).

 

Je vous laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Atmore est un texte important pour moi. Je crois qu’il parvient à mêler les tensions contradictoires qui me travaillent, la violence du monde, la colère et le désespoir des hommes, la beauté et la fragilité de la tendresse. Je voulais donc tout simplement vous remercier de lui donner ce coup de projecteur, de lui ouvrir votre porte.

Infiniment merci Alexandre d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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