Editions Ring, Interview

Lumière sur… Emily Tibbatts !

EMILY TIBBATTS

Je vous ai présenté il y a deux jours le dernier ouvrage qu’Emily Tibbatts vient de publier chez Ring, UK Serial Killers, et qui retrace le parcours meurtrier des dix pires serial killers britanniques… Une lecture terrifiante, je vous invite à lire ou relire mon article au sujet du livre.

J’ai eu envie d’échanger avec l’auteure autour de son livre, et d’aborder avec elle certaines questions au sujet des serial killers, dont elle est l’une des spécialistes. Elle vous parlera un peu d’elle, et beaucoup de son travail d’auteure.

Lumière sur Emily Tibbatts !

Bonjour Emily. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore svp ?

Je m’appelle Emily Tibbatts, j’ai 42 ans, je suis d’origine britannique par mon père (française par ma mère) et je suis la créatrice du site www.tueursenserie.org, qui existe depuis fin 2001.

J’ai écrit un premier ouvrage en rapport avec les tueurs en série, « Forensics, Profiling et Serial killers », aux éditions Sans Détour, un supplément au jeu de rôle l’Appel de Cthulhu. En 2013, il a doublé de volume et est devenu « Sciences Forensiques et Psychologies Criminelles ».

En 2017, j’ai autopublié chez Amazon un livre qui reprend les 41 portraits publiés sur mon site depuis sa création.

Et en juin 2019 est sorti mon livre, « UK Serial Killers », qui présente les portraits de dix tueurs britanniques (et pas seulement « anglais » car il y a deux écossais 😉)

UK Serial Killers vient tout juste d’être publié aux Editions Ring, mais vous avez déjà écrit un premier ouvrage sur les tueurs en série. En parallèle, vous avez créé et vous gérez depuis plus de 15 ans le site référence sur les tueurs en série en France tueursenserie.org. Qu’est-ce qui vous a donné envie de les étudier et de parler d’eux ?

Les raisons sont nombreuses. D’abord, il y a un intérêt pour la capacité de l’être humain à commettre des actes affreux. Je me suis toujours demandé pourquoi certains individus violent, agressent et tuent alors que d’autres donneraient leur vie pour sauver un inconnu. Je me suis d’abord intéressée à la criminalité en général (la psychologie, l’enquête policière, les sciences médico-légales…) et aux atrocités commises durant les guerres. En parallèle, lors de mes voyages en Grande-Bretagne, j’ai découvert la littérature « True Crime » car les anglo-saxons médiatisent et étudient les criminels, et plus particulièrement les serial killers, depuis… hé bien, depuis Jack l’Eventreur, en 1888 ! J’ai été horrifiée par ces lectures et je ne parvenais pas à comprendre le pourquoi de leurs crimes.

En cherchant des informations sur la psychologie des serial killers sur internet (c’était les débuts du web…), je suis tombée sur des sites d’un glauque insupportable qui présentaient des photographies de scène de crime (j’imagine les parents d’une victime qui tombent sur ce genre de cliché…) et faisaient le classement du tueur en série le plus « cool » car il avait le plus grand nombre de victimes ou les avaient assassinées de la manière la plus affreuse possible. J’ai donc décidé de créer un site internet qui présente les tueurs en série de la manière la plus réaliste et respectueuse possible, sans voyeurisme, pour partager ce que j’apprends à travers mes lectures et mes rencontres.

Et comme je n’ai toujours pas réussi à comprendre le « pourquoi », je continue de chercher et de creuser ! Même si, après tant d’année, je me suis malgré tout forgé l’opinion que toutes les explications du monde aboutissent finalement à la même conclusion : les tueurs en série décident de tuer, volontairement, consciemment.

Comment avez-vous mené vos recherches sur les dix tueurs que vous nous présentez dans UK Serial Killers ?

J’ai choisi des tueurs que je connaissais plutôt bien. Je trouvais intéressant de présenter des tueurs « célèbres » et moins « célèbres », sur une durée de plus d’un siècle, ce qui permettait de souligner les changements de mentalité de la police, l’évolution de la perception des serial killers par les enquêteurs et le grand public, et les innovations médico-légales. Je voulais également renverser quelques clichés. Ainsi, on entend souvent dire que les tueurs en série ont tous eu une enfance dysfonctionnelle, qu’ils ont souffert durant leur enfance et que ces traumatismes les ont « transformés » en tueur en série. C’est faux. Sur les dix tueurs présentés dans mon livre, seuls deux ont eu une enfance cauchemardesque ou traumatisante.

Je possède plusieurs centaines de livres sur les serial killers, des kilos de coupures de journaux, des heures et des heures de documentaires… J’avais un volume énorme d’informations pour chaque portrait et j’ai dû synthétiser pour ne garder que l’essentiel, ce qui s’est révélé laborieux car je trouvais chaque détail intéressant.

J’ai également contacté des journalistes britanniques (quand ils étaient encore vivants) pour vérifier certains points : il arrive souvent que l’on trouve différentes versions des événements ou des citations divergentes, selon les sources.

Et j’ai voulu écrire à certains des tueurs (celles et ceux qui étaient encore en vie) mais j’ai appris que le processus est bien plus long et plus compliqué qu’aux Etats-Unis : après avoir contacté le Ministère de l’Intérieur en mars 2018, j’ai reçu une réponse en octobre 2018 m’indiquant qu’ils… examinaient ma demande.

Avez-vous déjà eu l’occasion d’en rencontrer certains dans le cadre de vos recherches ? (en fonction de vos réponses, je peux lier les deux questions)

Non, et j’hésite encore à le faire, je ne sais pas si cela me tente. Ils me dégoûtent tellement… Il faut une sacrée force mentale pour parler à ce genre de criminels. Si je parviens à écrire sur les tueurs en série depuis bientôt dix-huit ans, c’est parce que j’ai pris soin de toujours dresser une barrière entre ma vie personnelle et mon intérêt pour les serial killers. On me reproche parfois une certaine froideur dans les portraits que j’écris sur mon site, mais c’est une manière de me protéger. Pour écrire « UK Serial Killers », j’ai voulu m’immerger dans mes textes et écrire de manière plus personnelle : j’ai mis six mois à écrire le seul portrait de Robert Black, le tueur de petites filles, car chaque ligne était une épreuve.

Comprenez-vous cette espèce de fascination que le grand public peut avoir pour eux ? Comment expliquez-vous que nous sommes friands de ce genre d’histoires macabres, et pourtant bien réelles ?

Non… Que l’on s’intéresse à l’enquête, que l’on cherche à comprendre le côté psychologique, je le comprends parfaitement. Mais une réelle fascination, non, je ne peux pas le comprendre. A mon avis, la fascination est due à une vision biaisée, à des idées reçues sur les serial killers, héritées des romans, des séries et des films (tueur hyper intelligent qui assassine ses victimes avec un rituel précis suivant les phases de la lune et les signes astrologiques, par exemple). Quand on connaît la « vraie réalité » des crimes commis par ces personnes, on ne trouve plus rien de fascinant, rien que l’horreur et la douleur. Et on oublie trop souvent les terribles souffrances des victimes et de leurs familles.

Mais nous apprécions aussi ce genre d’histoire comme nous aimons les histoires de grand méchant loup lorsque nous sommes enfants : parce que nous sommes bien au chaud chez nous, en sécurité et que l’on aime « se faire peur ». Lorsqu’on lit des histoires réelles de crime, c’est souvent beaucoup moins « sympa » qu’un roman.

Je vous laisse carte blanche pour terminer cette interview !

Merci beaucoup d’avoir mis en valeur mon livre sur votre blog, c’est important pour moi (et pour lui !) et votre critique positive m’a vraiment touchée.

Je termine aussi en insistant sur le fait que les tueurs en série sont particulièrement rares. Et heureusement. Donc, ne devenez pas paranoïaques…

Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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