Editions Ring, Récit criminel

Utøya – Laurent Obertone

Discussions avec un ami : « Mais noooonnn arrête j’te dis que c’est pas pour moi Obertone, tu sais bien que je ne lis que du thriller fiction et que le reste ne m’intéresse pas. »

[ Un an plus tard ]

« Hééééé mais c’est vachement bien Obertone !!! »

J’ai donc enfilé deux bouquins de l’auteur en moins d’une semaine et Utøya n’a fait que confirmer, pour moi, pour l’étendue des talents narratifs de l’auteur.

Je vous parle aujourd’hui d’Utøya, de Laurent Obertone, paru chez Ring, puis chez La mécanique générale.

N.B : Enfilez un gilet pare-balle et restez bien planqués, ça vaut mieux pour vous !

L’histoire (4è de couverture)

Le 22 juillet 2011 à quarante kilomètres d’Oslo (Norvège), un homme de 32 ans est arrêté sur l’île d’Utøya, à 18h34. Il vient d’assassiner 77 personnes.Rapports de police, dossier judiciaire, écrits intimes du meurtrier, témoignages de proches, d’experts, de survivants… Laurent Obertone a mené la première enquête d’investigation sur la vie d’Anders Breivik pour livrer, jusqu’aux expressions même des protagonistes, le récit électrique et impitoyable du plus grand massacre de masse contemporain. Depuis le cerveau du tueur norvégien, il lève le voile sur l’intimité et la fabrication mentale du bourreau, jusqu’aux heures sanglantes de l’été 2011.

« Il nous faut louer le travail titanesque de Laurent Obertone et la minutie exceptionnelle qu’il a développée pour reconstituer le parcours authentique d’Anders Breivik et des drames d’Utøya, jusque dans ses moindres détails.» Stéphane Bourgoin.

Dans la tête du tueur

La force incroyable de ce récit réside dans sa narration à la première personne, car c’est ce qui le rend si réel et glaçant. C’est une véritable immersion dans la tête du tueur que nous propose Laurent Obertone, et c’est à travers les yeux de Breivik que nous allons assister à ses massacres, à son arrestation, à ses interrogatoires et son procès. Ici, l’auteur ne fait qu’un avec le terroriste, il s’efface pour le laisser prendre le contrôle du récit, c’est l’esprit malade de Breivik qui vous parle, vous prendre à témoin de sa folie et de sa mégalomanie.

Dans une première partie d’Utøya, Laurent Obertone axe son récit sur la tuerie en elle-même, nous assistons à la mise à mort de chacune des 69 victimes comme si nous y étions. Ce sont des dizaines de vies qui s’arrêtent froidement sous nos yeux et nous ne pouvons qu’assister impuissants au carnage. Chaque assassinat est suivi de quelques lignes nous indiquant le nom, le sexe et l’âge de chaque victime, et un court résumé est fait des blessures qui ont causé leur mort, comme une sorte de conclusions d’un rapport d’autopsie. On entendrait presque le bruit des coups de feu, on sentirait presque les odeurs de poudre et de sang tant l’écriture est imagée, d’une précision millimétrée. Puis il y a l’arrestation, et de là commence l’incroyable plaidoyer pro domo de Breivik. On le découvre monstre d’égocentrisme, il se place au centre de tout, son estime de lui-même est à son paroxysme, j’ai rarement ressenti une telle aversion pour un des personnages de mes bouquins. Sans doute est-ce lié au fait que je sais que celui-ci, contrairement aux autres personnages que j’ai l’habitude de côtoyer, est réel, bien réel, qu’il a tué de sang froid 77 personnes, et qu’il est toujours en vie à croupir au fond d’une cellule de prison, sans avoir à aucun moment émis une once de remords ou d’empathie envers ses victimes et leurs familles.

Le récit est d’une précision chirurgicale, saisissant de réalisme. Le travail de documentation est, comme cela semble être la norme chez cet auteur, absolument colossal. Cela aurait pu engendrer un récit froid, technique, à l’image d’un rapport judiciaire, mais comme il l’a fait dans Le diable du ciel, Laurent Obertone fait naître chez le lecteur des émotions qui prennent toute la place, mêlant sentiment d’effroi, de dégoût parfois, et surtout de malaise, de côtoyer d’aussi près l’horreur. J’ai été effarée de trouver parfois une certaine résonance dans ce que nous livre le tueur, pas dans les meurtres bien sûr, mais dans sa critique vindicative qu’il fait de la société dans laquelle nous vivons. C’est là tout l’intérêt d’un manipulateur, il sait trouver les failles, le petit truc qu’il peut titiller en vous, engendrant la peur, pour essayer de vous rallier à ses idées. C’est aussi là tout son danger. Et puis on sort du récit, on respire un grand coup et on se dit qu’il y aurait tant à changer pour que cette société malade arrête d’accoucher de pareils individus.

Le mot de la fin

Subjuguée, fascinée, mortifiée. Quel talent chez cet auteur, quelle écriture puissante et redoutable ! Monsieur Obertone, vous avez une nouvelle grande fan !

Mon prochain sera Guerilla, en lecture commune avec ma copine blogueuse Angie du blog Culturez-moi. Ça sera pour cet été ou pour la rentrée, car il faut que je prenne un peu le temps de me remettre de tout ça pour revenir à mes bons vieux polars plus classiques !

2 réflexions au sujet de “Utøya – Laurent Obertone”

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