Editions Ring

Le Diable du ciel – Laurent Obertone

10h00 : « Mesdames et Messiers, ici votre Commandant de bord. La compagnie Germanwings est heureuse de vous compter parmi ses passagers. Vous êtes à bord du vol 4U9525, le temps est couvert et nuageux mais aucune perturbation n’est à prévoir pendant la durée du vol. Atterrissage prévu à 10h55 à Düsseldorf. »

10h27 : Le commandant s’absente de la cabine de pilotage pour satisfaire un besoin naturel, laissant Andreas Lubitz son copilote seul à bord.

10h32 : Le commandant ne parvient pas à entrer dans la cabine, qui est verrouillée de l’intérieur par son copilote. L’avion perd de l’altitude, le contact est coupé avec le contrôleur aérien.

10h34 : « SINK RATE, PULL UP ! »

10h37 : « Ouvrez cette foutue porte ! »

10h40 : Des hurlements dans la cabine. Toujours aucune réponse du cockpit.

10h41 : Impact contre le Massif de l’Estrop à plus de 700Km/h.

Bilan de la catastrophe : 150 morts.

Attachez votre ceinture, je parle aujourd’hui de mon premier livre de Laurent Obertone, Le Diable du ciel, paru chez Ring en 2017.

L’histoire (4è de couverture)

Attachez vos ceintures.

Entrez dans la boîte noire du vol sans retour de la Germanwings.

Le 24 mars 2015, un enquêteur du BEA doit comprendre ce qui s’est passé lors du vol 9525 de la Germanwings en partance de Barcelone et à destination de Düsseldorf. Après avoir entamé une descente non autorisée, l’Airbus allemand ne répond plus au contrôle aérien, plonge sous les nuages et se pulvérise contre les Alpes sur un angle sévère, au bout d’une trajectoire tendue, à très haute vitesse. L’absorption du choc par l’avion et ses occupants a été maximale. Une force cinétique d’un millard de joules. Nul n’a survécu.

Dans un roman oppressant comme la carlingue d’un appareil plongeant vers la mort, l’enquêteur part à la découverte de la personnalité complexe de l’homme passé sous les radars des psychiatres allemands et qui a précipité cent-quarante-neuf innocents dans une chute verticale de dix kilomètres. Il retranscrit les minutes du drame et établit le déroulé exact des faits, du début du vol jusqu’à l’impact de l’avion qui vient de devenir le centre du monde.

Plongez dans un thriller crépusculaire inoubliable, à 38 000 pieds d’altitude, à la merci d’une intensité dramatique et d’une écriture d’acier qui placent Le Diable du Ciel au firmament des romans catastrophes.

Maître incontesté du récit criminel, Laurent Obertone révèle pour la première fois l’intégralité du dossier d’enquête, livre un véritable missile littéraire, arrache le lecteur du sol et l’entraîne dans l’histoire réelle et intime du monstre de soixante-cinq tonnes lancé par un homme enfermé dans sa tête et son cockpit. Et qui fonce sur la montagne.Bienvenue à bord du vol 9525 de la Germanwings.

Et la réalité est plus sombre que la fiction…

En pleine période de « besoin de lire autre chose que du polar mais pas moyen que je lise autre chose que du noir« , j’ai décidé de me lancer dans mon premier ouvrage de Laurent Obertone.

Le Diable du ciel s’ouvre sur la découverte d’une scène de dévastation. Un narrateur sans nom, que nous suivrons tout au long du récit, nous détaille son arrivée sur les lieux de la catastrophe, et forcément quand un avion se crashe avec autant de monde à bord, c’est un véritable carnage. L’auteur décrit cette scène de chaos de manière pointue, il ne cache rien de son effarement, ni de sa sidération en constatant les dégâts. On sentirait presque l’odeur de kérosène qui flotte dans l’air, on les verrait presque ces centaines de petits drapeaux rouges plantés dans le sol et qui indiquent qu’ici, se trouve un morceau de reste humain. Le sens du détail de cette ouverture est hors du commun, de quoi vous mettre directement dans l’ambiance !

Et puis c’est l’enquête qui prend le relais, le lecteur est plongé dans les heures, les jours qui suivent la catastrophe, qui l’ont précédée aussi : faits détaillés, analyse pointue de la vie du jeune homme, de chaque étape de la catastrophe aussi, de son décollage jusqu’à l’impact. On voit là tout le travail de journaliste de l’auteur, la documentation est énorme, le sujet parfaitement maîtrisé.

La frontière est mince dans ma tête entre le narrateur et l’auteur : qui s’adresse à moi dans ce bouquin, et qui apostrophe directement Andreas Lubitz ? Est-ce l’auteur, qui parle à la première personne ? Ou est-ce fait de manière romancée à travers la voix d’un personnage présenté comme une sorte d’enquêteur proche de la retraite ? Le narrateur n’a pas de nom, il n’est pas détaillé sur le plan psychologique, il m’a été très difficile de faire une place dans ma tête à ce personnage que nous côtoyons malgré tout pendant 300 pages et qui, pourtant, nous est totalement inconnu. C’est comme s’il s’effaçait du récit pour que finalement, on ne retienne que l’enquête et que le copilote.

Seul Andreas Lubitz est au centre de tout, sa vie est décortiquée, ses aléas moraux dévoilés, des pans de son journal nous sont révélés, journal dans lequel il parle de ses problèmes psychologiques, de ses périodes de mieux aussi. On a l’impression de le connaître finalement, ce jeune homme qui a précipité 149 personnes dans le néant. On se surprend même à aller voir quelques photos de lui sur internet pour remettre un visage sur celui qui est décrit comme le Diable, on a envie d’en savoir plus, de découvrir ses motivations.

Attachement à lui ? Non.

Curiosité envers lui ? Assurément.

Empathie ? Non ! Enfin… C’est plus compliqué que ça !

Parce que finalement, Andreas Lubitz, n’était-il pas seulement une personne en grande souffrance, en proie à des démons intérieurs si forts qu’il s’est retrouvé totalement privé de sa conscience ? Comment ce jeune homme, au parcours scolaire quasi sans faute, qui a été élevé dans une famille équilibrée et avec ce sourire jovial, peut en venir à jeter un avion contre une montagne avec 149 personnes à bord.Alors, qui est Andreas Lubitz ? Monstre égocentrique qui a voulu laisser une trace indélébile de lui au monde après son suicide en grande pompe, ou simplement personne fragile qui a simplement pété les plombs ?

Au-delà du récit de la catastrophe, il y a le style Obertone…

L’auteur étant journaliste, je m’attendais à lire un documentaire froid, chirurgical, décrivant de manière technique l’histoire de la catastrophe, par contre je ne m’attendais pas à me prendre l’écriture de Laurent Obertone en pleine tronche, ah ça non !

Ce n’est pas faute d’avoir été poussée à de nombreuses reprises par des proches qui ont voulu me convaincre de le lire, mais bornée et têtue comme je suis (et un chouia binaire en plus !), j’ai énormément de mal à m’ouvrir à autre chose du thriller/polar fiction et finalement quand j’écoute les conseils qu’on me donne, je suis obligée d’avouer que oui, j’aurais dû les écouter avant ! Mea culpa ! =)

Vous dire que c’est remarquablement bien écrit est un euphémisme, Laurent Obertone a l’art et la manière d’insuffler des émotions palpables, une lourdeur et une atmosphère anxiogène incroyables. J’ai aimé cette sensibilité exacerbée qui émane de ces 300 pages, il ne se contente pas d’écrire de matière méthodique comme s’il rédigeait un article de journal, il plonge et vit son enquête de l’intérieur, il s’implique émotionnellement en elle pour essayer de comprendre. Cette sensibilité m’a ébranlée et charmée en même temps, les mots sont choisis, pas de place au hasard ni au superflus, c’est poignant et je ressors de cette lecture avec un véritable coup de cœur pour un style d’écriture.

Le mot de la fin

J’ai lu Le diable du ciel en une journée, et j’ai été tentée d’enchaîner sur Utoya juste après, mais j’ai besoin d’un sas de décompression car si j’enchaîne les bouquins de l’auteur et que je les apprécie tous autant que j’ai aimé celui-ci, je vais vivre une traversée du désert en matière de lecture après ça car les thrillers plus classiques vont me paraître bien fades…

Bref, j’ai lu mon premier Laurent Obertone.

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