Coup de coeur, Editions Metropolis, Livre qui décoiffe ta tête de lecteur

La lame – Frédéric Mars

Un auteur m’a dit un jour que les lecteurs n’aiment pas trop les livres inclassables.

C’est vrai pour certains.

Et puis il y a les autres, ceux qui ont envie de sortir de leur routine de lecture, qui ont envie de lire autre chose que l’éternelle et classique enquête qui respecte systématiquement les mêmes codes du polar, qui ont envie aussi de sortir du politiquement correct, qui ont envie qu’un auteur les prenne par la main pour les amener dans les bas-fonds du pire de l’être humain et de la société.

Frédéric Mars est l’un de ces auteurs, et si j’avais eu un coup de cœur pour Les marcheurs, lu à la même époque l’an dernier, ça va aujourd’hui bien au-delà, avec son nouvel ouvrage, La lame. Pour résumer un peu mon ressenti, je dirais qu’il me laisse dans le même état que Le manufacturier de Mattias Köping l’an dernier.

Je dégaine la catégorie « coup de foudre » et vous parle aujourd’hui de La lame, de Frédéric Mars, publié le 29 mai chez Metropolis.

L’histoire (4è de couverture)

Le thriller choc sur le boom démographique prévu par le Renseignement français.

Dans une France proche et obscure à la cité de La Solidarité, quartiers nord de Marseille : l’officier de PJ Simon Mardikian découvre le cadavre ravagé d’une jeune prostituée noire, Joy, alias Queen, sans identité définie. Son enquête sur les réseaux mêlant drogues, migrants et traite d’êtres humains ne fait que commencer.

Le lendemain, à Lagos, capitale du Nigéria, dans le bidonville flottant de Makoko, l’instituteur Sékou Williams tient tête au dealer Kaza qui cherche à recruter des revendeurs parmi ses élèves. Mais soudain s’abat une immense vague-submersion, dispersant des milliers de réfugiés à travers le continent africain.

Au même moment, à l’Élysée, le président de la République Bako Jackson annonce sa candidature à sa propre réélection. Il en profite pour dévoiler le renforcement du dispositif Frontex. C’est sa fermeté sur les questions migratoires qui a valu à ce fils de pasteur nigérian de ravir le pouvoir à l’extrême droite en 2027. À peine a-t-il achevé son allocution qu’on lui annonce la catastrophe climatique de Lagos.

Ces trois histoires ne vont pas tarder à se rencontrer, d’une manière qui pourrait bien changer le monde.
Ce qui va les réunir ?

Une lame, rien qu’une lame, qui déjà déferle et emporte tout sur son passage…

Basé sur les prospectives des plus éminents spécialistes des mouvements migratoires, La Lame vous propulse dans un thriller politique haletant où les lignes entre le réel et la fiction se brouillent jusqu’à devenir une seule et même piste.

Frédéric Mars, t’es un grand malade en fait !

Le roman démarre de manière explosive grâce à un prologue aussi court que condensé en action, et grâce aussi à une bonne scène de meurtre qui tabasse comme je les aime dans le premier chapitre. La prostituée qui est abattue prend cher, on assiste à ce massacre en qualité de témoin gênant, et je dois vous avouer que ce passage effroyable a titillé mes plus bas instincts d’amatrice de lectures qui tabassent. (à ce sujet, je me pose de sérieuses questions sur ma santé mentale de ressentir, en plus de l’effarement, une sorte de jouissance malsaine à la lecture d’un extrait si dérangeant). Avec un démarrage comme ça, forcément, je suis direct dedans !

L’auteur aurait pu tomber dans la facilité en brodant autour de ce meurtre une intrigue violente avec des litres de sang et des kilos de viscères à l’air, mais c’est mal connaître Frédéric Mars que de croire qu’il va simplement verser dans le dégueulasse gratuitement… La lame est bien plus qu’un thriller violent, bien plus qu’un thriller tout court d’ailleurs !

Je ne sais pas dans quel genre le classer tant les intrigues sont foisonnantes, les thèmes abordés multiples, les personnages nombreux (j’t’en parle même pas, j’ai failli faire un malaise en voyant la liste des personnages qui fait trois pages au début du bouquin ! ), les époques et lieux variés. Thriller d’anticipation, sans doute, thriller politique, assurément, le tout teinté de polar et même d’écologique… Dit comme ça, ça peut faire peur oui, mais ne te sauve pas, mon cher lecteur, et lis jusqu’au bout ce que j’ai à te dire ! Je ne vais pas te le cacher, tu vas avoir l’impression de naviguer en plein brouillard par moment quand tu liras ce bouquin, avec le sentiment d’être perdu dans plusieurs intrigues aussi riches qu’ombrageuses. Mais au fond, tu sais que t’aimes ça et que tu vas prendre ton pied, quand tout va s’éclairer, converger vers un même point, tu sais ce final que tu n’auras jamais envisagé !

Une partie de l’intrigue se déroule en 2031 – autant dire demain – et c’est en ça qu’il est terrifiant ce bouquin car comme à son habitude, l’auteur s’est largement documenté sur les sujets abordés, dans un soucis d’être au plus près de la réalité. Loin d’être un ouvrage moralisateur ou prônant une quelconque prophétie, l’auteur s’appuie néanmoins sur des éléments factuels, des études et statistiques démographiques publiées récemment. Sans aucun parti pris idéologique ni aucune surenchère dans la terreur, l’auteur s’est attaché à rester neutre et objectif, il imagine juste ce que pourrait être le monde de demain, et il y propulse ses lecteurs.

Et sinon Anaïs concrètement, pourquoi tu as aimé La lame ?

Parce qu’il me sort de ma zone de confort, que j’en ai marre de lire les éternels polars gentillets avec le même schéma : un meurtre/un duo de flics/un flic qui traîne des casseroles/son équipière qui est canon/ils s’envoient en l’air ensemble/résolvent leur enquête/et ils vécurent heureux et blablablabla !!! Non mais sérieusement, j’ai besoin de quelque chose de plus profond et de moins simple que ça moi, après des années à lire du polar classique.

Rien n’est en trop dans ces 500 pages, il faut un talent de dingue pour réussir à écrire trois intrigues tellement différentes que pendant 80% de ta lecture, tu te demanderas quel peut bien être le lien entre elles, en te prenant finalement en pleine tête le dénouement.

L’auteur, lui aussi, sort de sa zone de confort, parce que certains passages sont d’une violence que je ne lui connaissais pas, avec des passages crus et qui tabassent grave, que je n’avais encore jamais lus venant de lui. Et pourtant il ne tombe jamais dans la surenchère, jamais dans la violence gratuite juste pour faire du buzz. Ce n’est pas qu’il avait une écriture gentillette Frédéric Mars, avant La lame, non non ce n’est pas ce que je suis en train de vous dire, mais c’était différent. Ici, il y va, quitte à bousculer, choquer, c’est vif, percutant, tranchant comme une lame acérée. Ça te lacère tes émotions, ça t’embarque pendant 500 pages d’ultra noir et ça te laisse avec le sentiment d’avoir terminé un grand bouquin.

Le mot de la fin

Je ne peux pas ne pas faire de parallèle avec La manufacturier de Mattias Köping. Attention, les deux bouquins n’ont strictement rien à voir entre eux, là où j’ai envie de faire un parallèle, c’est qu’ils marquent tous les deux une rupture totale avec le genre bien codifié du thriller. La lame fait, assurément, partie de ces romans qui bousculent le genre, donnant un sérieux coup de vieux aux autres thrillers plus classiques et plus « pantouflards ».

Mon cher lecteur, tu sais qu’il te faudra un peu de temps pour digérer ta lecture, pour passer à une autre plus conventionnelle, et que tu ressentiras comme un vide immense en toi, une fois que tu auras tourné la dernière page. Tu t’en souviendras longtemps, de cet inclassable, tant sa singularité est forte et qu’il sort de ton ordinaire.

Véritable agitateur du genre, Frédéric Mars signe ici un remarquable thriller, qui ne fait que confirmer une fois de plus son immense talent !

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