Interview, Polar/thriller français

Lumière sur… Franck Thilliez !

C’est avec une certaine émotion que je partage aujourd’hui avec vous cette interview. Je suis Franck Thilliez depuis de nombreuses années, bien avant la création de mon blog, et je suis toujours fidèle au poste, à chaque nouvelle parution !

Luca, son dix-huitième roman, vient tout juste d’être publié aux Editions Fleuve Noir, l’occasion pour moi d’échanger avec l’auteur au sujet de son nouveau thriller. Dans cette interview, l’auteur vous parle un peu de lui, et beaucoup de son travail d’auteur. Et il vous parlera même de spaghettis ! Si si ! =)

Vous êtes prêts ? Lumière sur… Franck Thilliez !

 

[ J’en profite pour remercier chaleureusement, dans un premier temps, mon amie Isabelle Cerutti, sans qui cette interview n’aurait pas pu être possible. ]

  • Bonjour Franck. Luca est votre dix-huitième roman publié, comme vous sentez-vous une semaine après sa parution, alors que vous allez démarrer un incroyable marathon à travers toute la France pour aller à la rencontre de vos lecteurs ?

Bonjour Anaïs, je me sens très bien ! Les premiers retours sont vraiment bons. Ce qui est pratique aujourd’hui, avec Internet, c’est que des lecteurs postent déjà leurs avis au lendemain de la parution (ils ont lu le livre toute la nuit !), il y a donc une notion d’immédiateté qui permet d’avoir très vite la « température » du livre. J’aime bien ces premiers jours, les premières rencontres avec les lecteurs qui viennent chercher le petit dernier. Je me dis qu’à présent, mon histoire leur appartient, et que sa vie débute maintenant. Même après 18 livres, c’est toujours autant excitant, et heureusement d’ailleurs. Il n’y aurait rien de pire que la routine qui s’installe. Quant à mon tour de France à la rencontre des libraires, c’est ma façon de les remercier, et de ne pas oublier que c’est aussi grâce à eux que je peux vivre de ma plume aujourd’hui.

  • Vous revenez cette année avec un nouveau roman de la série Sharko-Hennebelle, Luca, dans lequel vous faites la part belle à l’action et à l’enquête policière, quitte à reléguer au second plan le duo Sharko-Hennebelle…

Disons qu’ils ne sont plus systématiquement au cœur de l’action. Il y a quelques temps encore (Syndrome E, Gataca, Atomka), tout passait par le point de vue de Franck ou Lucie, sans autre possibilité. Je ne m’autorisais jamais d’entrer dans la tête d’un personnage tiers, donc forcément, on avait l’impression d’une présence écrasante du couple de flics. C’était à la fois très bien, car on ressentait une empathie plus forte encore, mais ça pouvait aussi devenir étouffant, à la fois pour moi l’auteur, et pour le lecteur.

Dans Luca, il y a quatre points de vue principaux : Franck et Lucie bien sûr, mais aussi Nicolas Bellanger, qui occupe une très belle place, ainsi qu’Audra, une nouvelle venue. Ce croisement, cette multiplication des points de vue permet de construire des histoires encore plus complexes et rythmées. Quel que soit le personnage, il se passe toujours quelque chose. Mais dans l’action, j’essaie de ne pas oublier l’affect. Il est important qu’on puisse souffler de temps en temps lors de sa lecture, et de partager un peu l’intimité des héros.

  • Vous parcourez de très nombreux salons chaque année en France, et vous avez l’occasion d’échanger régulièrement avec vos lecteurs. Quel lien entretiennent-ils avec ces deux personnages qu’ils ont l’habitude de côtoyer depuis plusieurs années maintenant ?

C’est incroyable d’entendre comment les lecteurs me parlent de ces personnages. C’est comme s’ils existaient, comme s’ils faisaient partie de notre monde. Franck et Lucie sont les voisins ou les amis que nous pourrions avoir, ils ont leur force, mais aussi leurs faiblesses, ils sont proches de nous et c’est ce qui nous plaît. En tant qu’auteur, cela me ravit, évidemment. Apporter un peu d’imaginaire dans la tête des gens, les faire voyager, rêver, fantasmer, les effrayer aussi, c’est ce que souhaitent faire tous les conteurs ! Et quand les lecteurs me remercient de leur raconter des histoires aussi horribles, j’ai un peu de mal à l’expliquer. Sans doute parce que la fiction, aussi horrible soit-elle, vaut-elle mieux que notre dure réalité.

  • Luca est un roman particulièrement dense en raison d’un nombre foisonnant d’intrigues, comment gère-t-on l’écriture d’un livre si complexe sans en perdre soi-même le fil ?

Ça, il faut demander à mon cerveau ! C’est difficile à expliquer, ça impliquerait que je sache comment je fonctionne moi-même, ce qui n’est pas le cas. Je peux néanmoins apporter quelques éléments de réponses. Je pense que mon esprit cartésien, logique et scientifique y joue pour beaucoup. Ecrire ce genre d’histoire, c’est résoudre un gros casse-tête, et y prendre du plaisir, surtout ! Il faut ensuite penser au plat de spaghettis. Avant la cuisson, les spaghettis sont bien alignés les uns à côtés des autres, ce sont mes personnages, mes fils conducteurs que j’imagine, mes rebondissements. Il y en a un certain nombre, pour les gros mangeurs. Je fais cuire le tout, je mélange et ça donne un truc inextricable qui s’appelle un livre. À chaque roman, je me retrouve bien sûr face à des problèmes, je ne sais plus quel spaghetti il faut tirer en premier pour éviter de mettre de la sauce partout, mais disons qu’à force d’acharnement et de réflexion, je finis toujours par retomber sur mes pattes (mes pâtes !)

  • Luca est l’occasion pour vous de pointer du doigt le côté incontrôlable des nouvelles technologies, des réseaux sociaux, et de la folie qui peut s’emparer des Hommes autour de ces sujets… Quelle place occupent les nouvelles technologies et les réseaux sociaux dans votre vie ? En avez-vous peur ?

Je me sers pas mal des réseaux, car c’est très pratique pour nos métiers où l’on a besoin de communiquer : annoncer une dédicace, la sortie d’un livre, le lancement d’un concours. Les réseaux ne sont pas dangereux à partir du moment où l’on n’y transfère pas le contenu intégral de sa vie, de ses convictions, de son intimité. Je réussis à garder une certaine distance avec ces réseaux.

Il y a beaucoup de choses qui me font peur avec les réseaux : l’addiction qu’ils peuvent provoquer (qui ne regarde pas son téléphone 50 fois par jour ?), la notion d’immédiateté de l’information (course au scoop sur Twitter, au détriment de la véracité de l’information), embrasement et lynchage public au moindre dérapage, sans possibilité de revenir en arrière (une fois la mèche allumée, le pétard explose forcément), enfermement des consciences (on pense être libre, mais nos choix sont orientés), bref, nous ne voyons que le dessus de l’iceberg, mais c’est le dessous qui est effrayant.

  • Vous semblez vouer une passion sans limites aux sujets scientifiques, et chaque ouvrage est l’occasion pour nous lecteurs d’en apprendre un peu plus sur des sujets aussi variés que la GPA (Gestion Pour Autrui), l’ADN, la mémoire, les rêves, et la liste est longue ! Comment se passe votre travail de documentation, et comment rendez vous abordables ces sujets à tous les lecteurs, y compris aux moins initiés d’entre eux ?

Avant tout, les gens achètent des romans policiers ou thrillers pour lire une bonne histoire qui les fera vibrer, trembler, leur procurera des émotions et les surprendra. C’est vraiment un pacte qu’il faut respecter en tant qu’auteur, avec son lecteur. Quant, de surcroît, on peut traiter un sujet de fond, qu’il soit social, politique ou scientifique, sans que cela rompe ce pacte, alors, c’est encore mieux. Il est vrai que je suis passionné par tous les sujets scientifiques/médicaux qui concernent l’être humain, sa manière de fonctionner, d’évoluer. Ce sont des thèmes dont forcément, tout le monde a entendu parler, sans les connaître vraiment : la mémoire, le don d’organes, les virus, la génétique… Pour que les sujets que je veux traiter ne soient pas trop pesants, ils doivent être parfaitement intégrés à l’enquête, se révéler progressivement, au fil que l’histoire avance. Si, à un moment donné, le romancier est obligé de faire intervenir le type en blouse qui, sur 20 pages, va expliquer ce qu’est l’évolution ou l’intelligence artificielle, c’est qu’il y a un problème de construction. Je fais toujours découvrir mes sujets par petites touches, à travers les yeux de mes personnages. Ce sont Sharko et son équipe qui vont guider le lecteur dans les domaines traités, par leurs déplacements, les interrogations, leurs déductions.

  • Question un peu plus personnelle, quel lecteur êtes-vous ? Avez-vous encore du temps à consacrer à la lecture, entre deux séances de dédicaces et d’écriture ?

Je ne suis pas ce qu’on appelle un gros lecteur (mes plus grands respects à ceux qui dévorent au moins un livre par semaine), mais évidemment, la lecture fait partie de mes principales activités. Déjà, dans le cadre de mes recherches, je lis énormément de documentation. Des milliers de pages sur une période relativement courte (un mois ou deux), qui seront constituées de doc techniques, d’investigation, d’essais, de romans. En dehors de cette période, je lis des romans pour mon plaisir personnel. Je reste très orienté polar, évidemment, et je partage mes lectures entre découvertes et auteurs que je suis depuis quelques années, dont mes confrères français (Michel Bussi, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé). Je trouve qu’aujourd’hui, le polar français offre une véritable proposition en terme de diversité, de qualité d’écriture et de sujets traités. Entre les polars ruraux, urbains, orientés nature, les romans noirs, psychologiques, les thrillers purs et durs, le choix est vaste. Il y a 20 ans, les gens ne lisaient que des anglo-saxons. Il y a 10 ans, c’étaient les nordiques. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que le polar français tient une bonne place dans les bibliothèques des lecteurs !

  • Je vous laisse carte blanche pour clôturer cette interview !

Merci pour cette belle interview, et merci de partager avec tant de passion votre goût pour cette magnifique littérature qu’est le polar !

Je vous remercie infiniment d’avoir pris un peu de votre temps pour répondre à mes questions.


Vous pouvez suivre Franck Thilliez sur Facebook, Twitter, Instagram, et suivre son actualité sur son site internet : www.franckthilliez.com

Pour aller plus loin, retrouvez mes différentes chroniques de l’auteur :

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