Interview

Lumière sur… Nicolas Koch

Je vous ai parlé il y a quelques jours, dans une chronique commune avec le chroniqueur vidéo Il en pense quoi Nico, d’Un fruit amer, premier ouvrage publié de Nicolas Koch. Ce livre a été un coup de coeur pour nous, et comme on est deux personnes jusqu’au boutiste, on a eu envie de poursuivre ce travail en commun jusqu’à l’interview, d’autant plus qu’on est assez complémentaires dans le sens où Nicolas (le chroniqueur) possède une culture cinématographique très forte que je n’ai pas du tout. Je lui ai donc proposé de se joindre à moi pour mettre sur le gril Nicolas Koch, afin qu’il nous parle un peu de lui, et beaucoup de son livre.

Vous êtes prêts ? Lumière sur Nicolas Koch !

(ça fait beaucoup de Nicolas tout ça, je vous l’accorde, je me sens moi-même un peu envahie ^^ ) ah ah !

Vous pouvez retrouver la chronique vidéo de Nico ici, et mon article à moi ici.

Bonjour Nicolas Koch. Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore stp ?

Bonjour Anaïs et Nico ! Et tout d’abord un grand merci à vous pour cette interview. J’ai 39 ans, et comme souvent répondent les auteurs, j’ai toujours aimé raconter des histoires 😊 Je ne vais pas dire que j’ai toujours aimé écrire, car au fond, cela ne fait qu’une petite dizaine d’années que j’ai commencé à poser sur le papier ce que j’avais envie de raconter. Mais je me souviens que tout petit, j’aimais raconter des histoires, sur le chemin de l’école, à ma grand-mère qui m’accompagnait. Et j’étais fasciné d’une certaine manière par ceux qui écrivaient des livres, mais jamais je n’imaginais un jour le faire à mon tour ; je crois que dans mon esprit de gamin, c’était un truc énorme, impossible. Et puis finalement, un jour on se dit, « bah pourquoi pas ». C’était il y a dix ans à peu près… J’ai un parcours un peu particulier, car j’ai suivi des études d’histoire et d’archéologie, et j’ai travaillé quelques années à l’Inrap (Institut national de la recherche archéologique préventive), avant de changer de voie pour l’édition et l’écriture.

Anaïs : Peux-tu nous parler un peu d’Un fruit amer en quelques mots ?

Un Fruit amer en 5 secondes, top chrono ! États-Unis, Alabama, années 60, ségrégation, meurtre, Ku Klux Klan ! Clap. J’ai bon ? Plus sérieusement, Un Fruit amer est un roman noir qui se déroule dans le contexte très dur du mouvement des droits civiques dans le Sud des États-Unis. Une jeune fille blanche est retrouvée morte dans les bois, assassinée ; jeune femme qui est la fille d’un riche patron du comté, de surcroît membre haut placé du KKK. Mais elle ne suivait pas tout à fait la voie de papa, et lorsque la police découvre qu’elle avait un petit ami noir, ce dernier devient le coupable idéal à leurs yeux. Et cela arrange bien tout le monde. Dans ce tourbillon de haine qui se lève, un journaliste du canard local va y mettre son nez, un peu malgré lui. Mais surtout, bientôt, c’est le FBI à son tour qui va arriver avec ses gros sabots. Ce n’est dès lors plus un tourbillon, c’est une tornade qui s’empare du petit comté de Woodbridge.

Anaïs : Tu es archéologue de formation, et Un fruit amer est ton premier ouvrage publié. Comment en es-tu venu à l’écriture ?

Un Fruit amer n’est pas tout à fait le premier livre, j’ai d’abord écrit deux essais historiques, l’un sur l’Egypte antique, l’autre sur les liens entre science et histoire chez Pygmalion en 2014 (La Science au secours de l’Histoire, préfacé par Franck Ferrand), et j’ai également participé en 2018 au recueil Phobia publié par J’ai Lu au profit de l’association ELA. Parallèlement, j’avais envie d’aborder autre chose dans l’écriture, de laisser libre cours à des histoires qui traînaient çà et là. Alors bien sûr, quand on se met à écrire, on tâtonne, on se cherche, on essaie, on expérimente… Et cela prend du temps. On a tous je crois des morceaux d’histoire qui traînent dans les tiroirs, des synopsis, des paragraphes, voire des pages, qu’on a abandonnés. Je crois que c’est super formateur et qu’il faut être patient. Un jour la bonne histoire arrive, celle qui va vous emporter dans l’écriture. Et comme je disais, j’adorais raconter des histoires. Le fait de les écrire est sans doute une forme de finalité, que je n’avais pas du tout envisagée.

Anaïs : Tu as choisi de situer ton intrigue en plein cœur d’une période sombre de l’Histoire des Etats-Unis, la ségrégation. Qu’est-ce qui t’a donné envie de construire une intrigue autour de cette période ?

Tout d’abord parce que je m’intéresse beaucoup à l’histoire des États-Unis et du Canada, du Nouveau Monde en général. Je crois que l’idée m’est venue d’aborder ce sujet par la lecture d’un roman de Patrick Graham, Des fauves et des hommes. Et ensuite, on cogite, on pose des idées ; au départ je voulais raconter une sorte de chasse à l’homme à travers le Sud des États-Unis. Et puis, cela a évolué, j’ai axé le récit autour du Ku Klux Klan et du mouvement des droits civiques. La période de l’après-guerre aux États-Unis est fascinante je trouve, entre la modernité qui s’installe, le développement d’une culture cinématographique, musicale, une sorte de bouillonnement culturel, l’âge d’or d’Hollywood, le rock, le blues… Et conjointement à cela, une partie de l’Amérique reste encore ancrée dans des valeurs vieilles d’un siècle, qui n’ont quelque part pas beaucoup changé depuis la guerre de Sécession. C’est cette « fracture », qui existe encore aujourd’hui – et qui est héritée de l’histoire du pays –, dont je voulais parler. C’est aussi peut-être un roman militant.

Anaïs : Un fruit amer est un ouvrage riche en documentation. Comment s’est passé ce travail de recherches ?

J’ai fait les recherches au fur et à mesure, d’abord sur l’Alabama de cette époque, et aussi beaucoup de recherches sur la vie à cette époque, les véhicules notamment, l’ambiance, c’était très important pour moi d’essayer de retranscrire une époque, que dès les premières pages le lecteur se sente dans les années 60. J’ai fait des recherches aussi dans divers ouvrages consacrés à la période, biographie de Martin Luther King notamment, mais aussi comme je l’explique dans les remerciements, sur le site web du FBI qui propose des dossiers spéciaux dans la partie historique du site. Les photographies de l’époque sur le mouvement civique permettent aussi de prendre la mesure du climat à ce moment, cela m’a beaucoup aidé dans l’approche de l’écriture. La partie « recherche » est un élément que j’adore dans la préparation d’un roman, celle où l’on explore, on prend des notes à droite et à gauche. J’aime bien noter plein de trucs sur des cahiers, même si cela n’a pas forcément de lien direct avec l’histoire que j’écris, je me dis que ça peut servir à un moment.

Nicolas : Y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont tu t’es inspiré pour écrire Un fruit amer ?

Non, tous les personnages du roman sont fictifs, hormis quelques rares personnalités citées (Martin Luther King par exemple), mais qui ne sont pas à proprement parler des personnages prenant partie à l’intrigue. C’était aussi une volonté de poser l’histoire dans un comté imaginaire que je pouvais façonner à loisir, sans avoir à respecter sur ce point un cadre géographique « réel » trop contraint ; c’est une forme de liberté dans l’écriture que j’assume. C’est peut-être aussi pour cette raison que j’aime écrire des intrigues qui se déroulent aux États-Unis (ou ailleurs), afin de me donner une forme de liberté qu’il me semblerait ne pas avoir si je devais situer mes intrigues en Normandie par exemple, là où je vis, et que je connais forcément : j’ai le sentiment que je serais contraint à respecter un cadre géographique trop réel à mon goût, que je ne pourrais pas façonner des lieux comme j’en ai envie. Peut-être devrais-je écrire de la fantasy finalement !

Nicolas : Dans ma chronique, je parle d’écriture cinématographique et je cite quelques films. Est-ce que tu as des images quand tu écris ? Des films ayant inspiré ta propre histoire ?

Oui, j’ai énormément d’images, c’est ainsi que j’écris en fait. J’essaie de me projeter dans la scène que j’écris, comme si j’étais dedans, une sorte d’observateur, et je regarde ce qui s’y passe, les personnages, leurs réactions mais aussi ce qu’il y a autour d’eux. Est-ce une forme de mise en scène, d’écriture scénaristique ? Peut-être. L’écriture de scénarios est quelque chose que j’aimerais aussi aborder un jour, si le hasard m’en donne l’opportunité.

Pour moi, le cadre, l’arrière-plan, est très important dans l’écriture ; nous sommes tous la somme de beaucoup de choses, de notre histoire personnelle, de nos rencontres mais le cadre dans lequel on vit nous construit également. J’ai cette approche pour mes personnages, sans toutefois tomber dans le déterminisme géographique bien sûr, mais voilà pourquoi j’essaie de soigner mes descriptions, car elles font partie intégrante de l’histoire. Dans Fruit amer, la ville de Woodbridge est en quelque sorte un personnage. C’est sans doute aussi pour cette raison que mes idées de roman naissent à partir de lieux, d’époques, et non pas d’un événement dont je me dis « tiens, ça pourrait être pas mal ». Pour Fruit amer, c’est le cadre historique qui a été le moteur de l’écriture. Quelques films ont aussi inspiré ce récit, comme Mississippi burning, Le droit de tuer notamment, que tu évoques, Nico, dans ta chronique. Et aussi des romans, comme 11/22/63 de King, pour la période.

Nous te laissons carte blanche pour clôturer cette interview !

Je tiens à remercier chaleureusement tous les lecteurs, qui pour certains m’envoient des petits messages pour me dire qu’ils ont aimé le roman. C’est très touchant, et c’est ce qui nous motive à continuer d’écrire ! Et aussi encore une fois un énorme merci à vous deux, Anaïs et Nico, pour cette passion que vous communiquez à travers vos chroniques.

Merci infiniment à toi d’avoir pris un peu de ton temps pour répondre à nos questions !

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