Coup de coeur, Editions Ring

Dernière sortie pour Wonderland – Ghislain Gilberti

« Collègue de Mme Serial Lectrice : tu lis quoi en ce moment ?
Mme Serial Lectrice : Un livre de ouf… La nana se prend un shoot d’une nouvelle drogue pendant une soirée, elle fait un trip et elle va atterrir dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles…
Collègue de Mme SL : (sa tête : WTF ?!) Tu lis ça toi ?! »

Ghislain Gilberti est un auteur que je suis depuis environ 5 ans, je pense qu’il a été le premier auteur de thriller qui tabasse que j’ai découvert alors que je ne lisais que des bouquins plutôt gentillets type P.D James à l’époque, et il a été, je pense, le premier auteur à provoquer en moi un réel coup de foudre il y a presque 3 ans avec Dynamique du chaos, un livre dont j’ai l’habitude de dire qu’il a tellement marqué ma vie qu’il y a un avant et un après sa lecture… Je suis toute acquise à cet auteur en tant que lectrice, et il fait partie de ces rares écrivains qui me font lire leurs bouquins sans même que je m’intéresse à leurs 4è de couverture.

Aujourd’hui, c’est un livre très différent de ce à quoi il nous a habitués dont je vais vous parler. Dernière sortie pour Wonderland a été publié en 2017 aux Editions Ring, et il vient tout juste de sortir sous son format poche aujourd’hui, à La mécanique générale.

L’histoire (4è de couverture)

Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l’overdose, un étrange lapin blanc la propulse au coeur d’un monde parallèle et piégé : l’univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du Cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland. Les innocents ne sont pas toujours ceux que l’on croit, les alliés sont rares et les périls nombreux. Si elle veut rester vivante, la jeune Alice n’a plus le choix et doit reconstituer le puzzle diabolique de Lewis Carroll. En brisant le mythe Disney, Ghislain Gilberti s’attaque à un emblème intouchable de l’Angleterre depuis le XIXe siècle : Lewis Carroll, introverti maladif, toxicomane, atteint du syndrome de puer aeternus, amateur de photographies pornographiques infantiles, pédophile… C’est sans concession que Dernière Sortie pour Wonderland referme pour toujours la porte du Pays des Merveilles et met un point final à la pudibonderie hypocrite que même Tim Burton n’a pas pu briser avec ses dernières adaptations cinématographiques.

Abominable !

« Ouiiiiii, nannnn mais moi j’suis une vraie serial lectrice de thrillers, j’lis que ça, pas moyen que je lise autre chose que ça, de toute façon j’arrive pas à accrocher à un autre genre littéraire donc ça sert à rien que j’essaye… » Ouais… Bah me v’la bien à vous parler de Dernière sortir pour Wonderland aujourd’hui ! Non parce qu’en fait, en le commençant, je ne savais pas que son intrigue ne se déroulait pas dans du réalisme pur et dur… C’est Ghislain Gilberti l’auteur, c’est Ring l’éditeur, je n’ai même pas cherché à comprendre et je l’ai entamé dès que je l’ai reçu… Quelle ne fut pas ma surprise après quelques pages, de me retrouver dans une sorte de monde parallèle complètement ahurissant, déjanté et… surréaliste ! (ça t’apprendra Anaïs à ne pas lire les 4è de couv’ !) Là je dois avouer que j’ai un moment de panique, parce que 450 pages pour moi qui ne suis pas habituée à lire autre chose que du thriller réaliste, ça m’a mis un coup de stress ! Et puis je me suis dit que j’allais faire confiance à cet auteur qui ne m’avait encore jamais déçue, je me suis plongée complètement dans ce livre afin d’oublier tout le reste, le monde qui m’entoure, et j’ai bien fait, car mes amis, quel putain de bouquin que voilà !

Dernière sortie pour Wonderland est un O.L.N.I (Objet Littéraire Non Identifié). Après avoir enfilé les quatre cent et quelques pages, je suis incapable de le classer dans un genre bien précis. Moi qui voulais sortir un peu de ma zone de confort de lecture pour aller explorer d’autres horizons littéraires, me voilà servie ! La construction est assez déroutante par moment, car l’auteur nous fait évoluer dans deux mondes différents : notre monde bien réel, dans les années 1800 au moment de la vie de Lewis Caroll, et un monde parallèle, Wonderland, aux côtés de personnages réels ou imaginaires, plutôt malsains et inquiétants pour la plupart. On est loin de l’univers choupitrognon (Copyright Anaïs Serial Lectrice) de Disney ici, parce que c’est pas franchement le genre de la maison de nous servir de jolis contes de fées.

Ghislain Gilberti pousse son écriture à son paroxysme, dévoilant sous nos yeux un monde hors norme, qu’il décrit avec un tel niveau de précision qu’on a l’impression d’y être finalement, à Wonderland. Il y a de la poésie dans la plume de Ghislain, on retrouve ce trait fort de son écriture dans tous les livres qu’il a écrit, ça contrebalance un peu la noirceur de ce qu’il nous met en pleine gueule, ça adoucit, un peu au moins, l’horreur de certaines situations. Il y a un choix dans les mots choisis, des tournures imagées, de manière à créer des sentiments forts en nous : peur, écœurement, angoisses, émerveillement aussi de se balader dans ce monde irréel qui prend vie sous nos yeux de manière très cinématographique.

Derrière une intrigue qui se voudrait divertissante et résolument décalée, l’auteur entre dans quelque chose de plus délicat, une théorie qu’il développera tout au long de son intrigue et qui fait écho à un certain doute qui plane sur la personne de Lewis Caroll. Ce dernier aurait voué une passion malsaine pour les petites filles, les photographiant dans des positions plus que déplacées pour leur jeune âge, voire carrément pornographiques, et de surcroît sans qu’elles ne portent aucun vêtement sur elles. Et là, le récit tombe dans quelque chose d’une noirceur totale, avec des scènes qui créent le malaise, me provoquent la nausée, tant c’est dérangeant, glauque et malsain. Anéantissement total de sa réputation, je ne pourrai plus jamais lire Alice au pays des Merveilles de la même manière, je n’y verrai plus qu’un bouquin écrit par un cinglé, un pervers, je n’y verrai plus qu’un prétexte pour assouvir ses déviances dégueulasses.

Le mot de la fin

Véritable virage à 180 degrés pour l’auteur, j’ai été conquise par cette écriture magistrale, par cette capacité qu’il a à bâtir un univers complexe et travaillé à l’extrême, et à son incroyable capacité à nous embarquer dans une sorte d’exosphère de manière à nous immerger complètement dans son intrigue.

Ghislain Gilberti prouve à nouveau qu’il possède un potentiel d’écriture énorme, qui le pousse à sortir de sa zone de confort en tant qu’auteur pour se mettre en danger, et nous proposer quelque chose de résolument différent, quitte à bousculer son lectorat.

Ai-je besoin de vous dire que je recommande ?

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